Au cœur de Josselin, deux maisons à pans de bois du XVe-XVIe siècle incarnent l'âme médiévale de la Bretagne intérieure, avec leurs encorbellements sculptés et leurs façades à colombages d'une rare élégance.
Nichées dans les ruelles pittoresques de Josselin, à l'ombre du château des Rohan qui domine la vallée de l'Oust, ces deux maisons à pans de bois constituent un témoignage exceptionnel de l'architecture civile bretonne de la fin du Moyen Âge et du début de la Renaissance. Leur inscription aux Monuments Historiques dès 1929 témoigne de la reconnaissance précoce de leur valeur patrimoniale par les autorités françaises, à une époque où la protection du petit patrimoine urbain était encore balbutiante. Ce qui distingue ces demeures du tissu bâti ordinaire, c'est précisément leur authenticité préservée : encorbellements audacieux qui avancent les étages sur la rue, sablières sculptées de motifs végétaux ou de figures grotesques typiques de l'art breton du XVIe siècle, et poteaux corniers ornés de personnages ou de motifs héraldiques. La charpente de bois de chêne, soigneusement travaillée, révèle le savoir-faire des charpentiers maçons bretons de la période gothique tardive. L'expérience de la visite, même extérieure, plonge immédiatement le visiteur dans l'atmosphère d'un bourg médiéval breton à son apogée. Josselin fut en effet une ville prospère, centre de pouvoir des puissants ducs Rohan, et ses maisons bourgeoises reflètent l'aisance d'une population de marchands, de notaires et d'artisans qui gravitaient autour de la seigneurie. Observer ces façades, c'est lire en creux l'histoire sociale d'une ville bretonne florissante. Le cadre général de Josselin renforce considérablement l'intérêt de la visite : à quelques pas se dresse le château des Rohan, l'un des plus beaux ensembles gothique flamboyant et Renaissance de Bretagne, dont la façade intérieure est un chef-d'œuvre de dentelle de pierre. La proximité du canal de Nantes à Brest et des rives boisées de l'Oust offre un environnement naturel et patrimonial d'une cohérence remarquable. Ces deux maisons s'inscrivent donc dans un ensemble urbain rare où l'architecture médiévale civile et militaire se répondent harmonieusement.
Les deux maisons de Josselin illustrent l'architecture à pans de bois bretonne dans sa forme la plus accomplie. Leur structure repose sur un réseau de poteaux et de traverses en chêne massif, dont les assemblages à tenons et mortaises témoignent d'une maîtrise technique consommée. Les étages, en encorbellement successifs, avancent progressivement sur la rue, créant cet effet de surplomb caractéristique des constructions médiévales urbaines qui permettait d'accroître la surface habitable sans empiéter davantage sur l'espace public au sol. L'ornementation sculptée constitue le trait le plus remarquable de ces façades. Les sablières — poutres horizontales séparant les étages — sont enrichies de motifs en bas-relief : feuillages stylisés, entrelacs, rosettes ou figures grotesques selon la tradition bretonne. Les poteaux corniers, véritables showpieces de la charpenterie d'art, arborent probablement des statues de personnages ou des motifs héraldiques, conformément à l'usage des demeures bourgeoises bretonnes de la fin du XVe et du début du XVIe siècle. Les remplissages entre les poteaux sont assurés par un hourdis de torchis ou de briques, peint à la chaux. Les toitures, à forte pente comme il convient sous le climat breton, sont couvertes d'ardoise du pays, matériau roi de l'architecture bretonne depuis le Moyen Âge. Les lucarnes à fronton, possiblement ajoutées ou remaniées à la Renaissance, rythment la ligne de faîte et apportent lumière aux combles habitables. L'ensemble forme une composition équilibrée où la verticalité des poteaux dialogue avec l'horizontalité des sablières, dans une harmonie propre à l'esthétique gothique tardive de la Bretagne intérieure.
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