
Deux caves du 10e et du 15e siècle
Enfouies sous Tours, ces deux caves médiévales révèlent mille ans d'histoire en strates : un cylindre de petit appareil du Xe siècle, vestige de l'enceinte de Châteauneuf, coiffé de voûtes d'ogives gothiques du XVe siècle.

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Histoire
Sous les pavés de Tours se cache l'une des plus discrètes et des plus précieuses énigmes du patrimoine ligérien : deux caves médiévales superposant mille ans d'histoire dans un espace confiné, à l'abri des regards et du temps. Classées monuments historiques depuis 1941, elles constituent un témoignage architectural rarissime de la permanence des structures urbaines depuis le haut Moyen Âge jusqu'à la fin du Moyen Âge tardif. La première de ces caves est un espace circulaire aux murs bâtis en petit appareil soigné, cette technique romaine tardive et carolingienne qui consiste à assembler de petites pierres taillées régulièrement. Datée du Xe siècle, cette salle constitue ce qui fut le rez-de-chaussée originel de la tour d'angle nord-est de l'enceinte de Châteauneuf — le quartier canonial de Tours, fondé autour du tombeau de saint Martin. Au fil des siècles, l'accumulation des remblais et des niveaux de circulation a enseveli ce niveau, le transformant en cave. Au XVe siècle, la salle est revoûtée, ses pierres millénaires encadrant désormais une nouvelle coiffe gothique. Communiquant directement avec la première, la seconde cave fut entièrement construite au XVe siècle en tirant parti des murs d'enceinte existants. Ses quatre travées voûtées d'ogives dessinent un espace sobre et majestueux, caractéristique du gothique fonctionnel propre aux celliers ecclésiastiques de la Loire. L'articulation des nervures, la qualité de la taille de pierre locale — le tuffeau blanc si cher à la Touraine — confèrent à l'ensemble une élégance que n'auraient pas reniée les bâtisseurs des grandes abbayes ligériennes. L'expérience de visite est celle d'une plongée littérale dans la stratification du temps : franchir la porte, descendre quelques marches et se retrouver face à des murs qui ont connu les chanoines de Châteauneuf, les marchands médiévaux, les guerres de Religion et la Révolution. Pour les passionnés d'archéologie du bâti, de patrimoine urbain ou d'architecture médiévale, ces caves représentent un document vivant d'une valeur inestimable, trop souvent ignoré au profit des châteaux de la Loire qui monopolisent l'attention des visiteurs.
Architecture
L'intérêt architectural de ces deux caves réside précisément dans leur juxtaposition chronologique : elles forment un manuel de maçonnerie médiévale à ciel souterrain. La cave circulaire du Xe siècle présente des murs en petit appareil, c'est-à-dire constitués de moellons taillés de dimensions modestes et régulières, agencés en assises soignées. Ce mode de construction, hérité des techniques romaines et très répandu dans les édifices de l'époque carolingienne et post-carolingienne, confère aux murs une texture dense et serrée, bien distincte des grandes assises de tuffeau que l'on associe davantage au plein Moyen Âge. La forme circulaire de cet espace est caractéristique des tours d'enceinte de la période, alliant solidité structurelle et économie de matériaux. La revoûte du XVe siècle qui coiffe aujourd'hui cet espace circulaire crée un dialogue stylistique saisissant entre la rigueur archaïque des murs et la légèreté gothique des nervures. La seconde cave, construite entièrement au XVe siècle, développe quatre travées voûtées d'ogives dont les nervures retombent sur des culots ou des colonnettes engagées dans les murs d'enceinte récupérés. Le tuffeau de Touraine, pierre calcaire tendre et claire extraite des coteaux de la Loire, constitue le matériau principal de cette construction, comme il l'est pour la grande majorité des édifices médiévaux de la région. Sa facilité de taille permit aux maçons gothiques de réaliser des profils de nervures précis et élégants, typiques du gothique flamboyant tardif que l'on retrouve dans les grandes caves canoniales et les celliers monastiques du Val de Loire.


