Sentinelle de pierre du XVIe siècle, la Croix Saint-Yves de Boqueho arbore six écussons armoriés témoignant de l'orgueil nobiliaire breton des seigneurs de Kermedret — un chef-d'œuvre de sculpture héraldique en plein cœur des Côtes-d'Armor.
Au détour d'un chemin creux des Côtes-d'Armor, la Croix Saint-Yves surgit comme un témoignage silencieux de la piété seigneuriale bretonne. Érigée au XVIe siècle à Boqueho, cette croix de chemin monumentale ne se contente pas du simple rôle de borne dévotionnelle : elle est un véritable manifeste de prestige nobiliaire gravé dans le granit, orné de représentations religieuses et d'un programme héraldique d'une remarquable richesse. Ce qui distingue immédiatement la Croix Saint-Yves des innombrables calvaires qui jalonnent la Bretagne, c'est la présence de six écussons armoriés sculptés sur son fût et sa croisée. Ces blasons, aux alliances de la maison de Botmillau, racontent en pierre le réseau matrimonial et politique d'une lignée aristocratique locale. Rares sont les croix rurales de cette ampleur à concentrer un tel programme iconographique mêlant dévotion chrétienne et affirmation dynastique. Le visiteur découvrira deux scènes sculptées d'une grande expressivité : une Crucifixion dont la stylisation gothique tardive contraste avec la vigueur du granit breton, et une Vierge à l'Enfant d'une tendresse sobre, caractéristique de la statuaire bretonne du début de la Renaissance. Ces représentations inscrivent la croix dans la grande tradition des calvaires monumentaux de la péninsule armoricaine, tout en conservant une échelle plus intime, propice au recueillement. Le cadre de Boqueho, village discret du Pays de Guingamp niché entre bocages et landes, renforce le caractère authentique et préservé du monument. Loin des foules des grands enclos paroissiaux de Finistère, la Croix Saint-Yves offre une rencontre privilégiée avec l'art et la spiritualité bretons du XVIe siècle, dans un silence que seul vient troubler le vent dans les ajoncs.
La Croix Saint-Yves appartient à la grande famille des croix monumentales bretonnes, dont le développement atteint son apogée entre le XVe et le XVIIe siècle. Taillée dans le granit local — matériau de prédilection des sculpteurs armoricains pour sa résistance aux intempéries atlantiques —, elle repose sur un fût de section quadrangulaire ou octogonale, élevé sur un socle à degrés selon l'usage de l'époque. La croisée, caractéristique des calvaires bretons, porte les deux scènes sculptées principales : la Crucifixion, représentée sur la face principale avec le Christ en croix dans une veine encore gothique tardive, et la Vierge à l'Enfant sur la face opposée, figure de tendresse et d'intercession. L'originalité architecturale et iconographique de la croix réside dans la disposition des six écussons armoriés qui ornent le fût et peut-être la base. Ces blasons, sculptés en relief, témoignent d'un soin particulier apporté à la taille : chaque écu présente les armes de la famille et de ses alliances avec une précision héraldique qui suppose l'intervention d'un sculpteur formé aux usages nobiliaires. Le style général des sculptures, entre sobriété gothique et timide influence Renaissance, situe l'œuvre dans le premier tiers du XVIe siècle, cohérent avec les données historiques. La patine dorée du granit, recouverte par endroits de lichens gris-vert, confère au monument cette atmosphère d'ancienneté poétique si caractéristique des croix bretonnes. Les proportions équilibrées du monument — ni trop imposant comme les grands calvaires de Guimiliau ou de Saint-Thégonnec, ni réduit à la simple borne — en font une œuvre de transition parfaite entre la dévotion populaire et l'ambition artistique aristocratique.
Fermé
Vérifier les horaires en saison
Boqueho
Bretagne