Dressée à Guégon, la Croix Forhan fascine par son fût octogonal où s'enroule en spirale une banderole gothique, témoignage rare et énigmatique de la dévotion bretonne du XVIIe siècle.
Au cœur du Morbihan, dans le bourg tranquille de Guégon, la Croix Forhan s'impose comme l'un des fleurons méconnus de la statuaire religieuse bretonne. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1937, cette croix monumentale cumule les singularités iconographiques qui font d'elle une pièce d'exception dans le vaste corpus des calvaires et croix de chemin de la péninsule armoricaine. Ce qui rend la Croix Forhan véritablement unique, c'est la sophistication de son programme décoratif sur un objet en apparence humble. Le visiteur est d'abord saisi par le fût octogonal, une forme savante qui n'est pas le fruit du hasard : les huit pans évoquent symboliquement le nombre de la résurrection dans la tradition chrétienne médiévale. Mais c'est la banderole inscrite en spirale, portant deux lignes de caractères gothiques, qui confère à la croix son caractère presque mystérieux. Ces inscriptions, patinées par les siècles, invitent le regard à tourner autour du monument, à le déchiffrer, à l'interroger. L'expérience de visite est intime et contemplative. Contrairement aux grands calvaires bretons comme celui de Guimiliau ou de Saint-Thégonnec, la Croix Forhan n'écrase pas le visiteur par ses dimensions. Elle l'invite au contraire à s'approcher, à observer de près chaque détail sculpté : la bague torsadée faisant office de chapiteau, les ailerons déployés au pied de la croix portant la Vierge et saint Jean, et, au revers, une Pietà d'une sobre émotion. Détail troublant et rarissime, un couteau avec manche et oeillet figure en relief sur l'une des faces du fût — signe peut-être d'une dédicace corporative ou d'un ex-voto gravé dans la pierre. Le cadre de Guégon, village rural du centre-Morbihan entre Ploërmel et Josselin, ajoute à la visite un supplément d'âme. Dans ce paysage de bocage et de granit, où les pardons perpétuent des siècles de ferveur populaire, la Croix Forhan semble veiller sur la communauté comme elle l'a fait depuis le XVIIe siècle. Un monument à ne pas manquer pour qui arpente ce territoire riche en patrimoine religieux discret et authentique.
La Croix Forhan repose sur un programme sculptural d'une cohérence remarquable pour une œuvre de dévotion populaire. Son fût octogonal en granit — matériau roi de la Bretagne intérieure — constitue la colonne vertébrale du monument. La section à huit pans, choisie avec intention, permet de multiplier les surfaces décorées tout en conférant à l'ensemble une verticalité élancée. C'est sur ces faces que court en spirale ascendante la banderole gothique, motif plastique dynamique qui oblige l'œil à tourner autour du fût dans un mouvement quasi liturgique. Au sommet du fût, une bague à décor de torsade fait office de chapiteau de transition vers la croix proprement dite. Cet élément ornemental, courant dans la production bretonne du XVIIe siècle, associe la robustesse du granit à une certaine recherche décorative. La croix elle-même est surmontée du Christ crucifié, figuré selon une iconographie sobre et frontale. Au pied de la croix, deux ailerons en saillie — caractéristiques de l'art breton — servent de support à deux figures de dimensions moindres : la Vierge d'un côté, saint Jean de l'autre, formant le groupe traditionnel de la Crucifixion. Au revers du croisillon est sculptée une Pietà, ajoutant une dimension méditative à l'ensemble. Le détail le plus singulier demeure le couteau en relief sur l'une des faces hautes du fût : outil ou symbole, il témoigne du degré de personnalisation que pouvaient atteindre ces commandes privées ou corporatives. Les dimensions totales de la croix restent modestes à l'échelle des grands calvaires bretons, mais sa densité iconographique en fait une œuvre d'une richesse inversement proportionnelle à sa taille.
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