Joyau sculpté du XVIe siècle, cette croix de cimetière bretonne déploie sous ses arcades trilobées un programme iconographique d'une rare finesse : Christ, Vierge, saints et anges réunis en pierre.
Au cœur du cimetière de Maure-de-Bretagne, en Ille-et-Vilaine, se dresse une croix de pierre qui défie le temps depuis le XVIe siècle. Loin des simples croix funéraires qui ponctuent les campagnes bretonnes, celle-ci appartient à une catégorie d'œuvres d'art à ciel ouvert : les croix monumentales à programme sculpté, témoins d'une piété populaire autant que d'un savoir-faire artisanal exceptionnel. Classée Monument Historique depuis 1910, elle constitue l'un des exemples les plus singuliers de la statuaire lapidaire rurale en Bretagne. Ce qui rend cette croix absolument unique, c'est la substitution des bras traditionnels de la croix par une surface rectangulaire — une tablette de pierre — sur laquelle sont disposées, sous des arcades trilobées d'inspiration gothique flamboyant, des scènes narratives d'une densité iconographique remarquable. Chaque face du fût, de plan rectangulaire à pans coupés, révèle un personnage ou une scène différente, transformant le monument en véritable livre de pierre destiné à l'édification des fidèles. La visite de cette croix est une expérience de contemplation lente, presque médiévale. Il faut en faire le tour complet, face après face, pour en saisir la cohérence théologique : le Christ crucifié accompagné de deux saintes femmes à l'ouest, la Vierge à l'Enfant escortée d'anges thuriféraires à l'est, saint Rémy décapité au nord, saint Pierre coiffé de la tiare et portant ses clefs au sud. Quatre faces, quatre mystères, une seule œuvre. Le cadre renforce l'émotion : le cimetière breton, avec ses vieux murs de granit, ses tombes familiales et la quiétude de la campagne d'Ille-et-Vilaine, confère à la croix une solennité naturelle. La lumière rasante du matin ou de l'après-midi y révèle le modelé des reliefs avec une précision photographique, faisant ressortir chaque pli de drapé, chaque expression figée dans la pierre.
La croix de cimetière de Maure-de-Bretagne repose sur un fût de plan rectangulaire à pans coupés — une forme octogonale partielle qui confère à l'ensemble une légèreté visuelle et permet l'articulation de plusieurs faces narratives. Ce type de fût, caractéristique de la production lapidaire bretonne du XVIe siècle, traduit un souci à la fois esthétique et fonctionnel : offrir au regardeur plusieurs angles de lecture depuis les allées du cimetière. L'élément le plus frappant est la transformation des bras de la croix en une surface rectangulaire pleine, encadrée d'arcades trilobées d'inspiration gothique flamboyant. Ces arcatures, aux lobes délicatement découpés dans la pierre, créent autant de niches narratives abritant les personnages sacrés : à l'ouest, le Christ en croix flanqué de deux femmes en prière ; à l'est, la Vierge à l'Enfant honorée par deux anges thuriféraires ; au nord, saint Rémy décapité ; au sud, saint Pierre avec tiare et clefs. Cette organisation en quatre faces orientées selon les points cardinaux est une caractéristique typologique des croix bretonnes à programme iconographique complet. La pierre employée est vraisemblablement un granit ou un calcaire local, matériaux dominants dans la construction et la statuaire d'Ille-et-Vilaine au XVIe siècle. Le travail de taille témoigne d'une maîtrise artisanale indéniable : les drapés des figures, les détails des attributs épiscopaux et apostoliques, et la finesse des arcades attestent d'un sculpteur formé dans une tradition de compagnonnage bien établie, probablement issu des ateliers actifs dans la région rennaise ou bretillienne.
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