Croix du cimetière
Joyau funéraire de la Renaissance, cette croix de cimetière du XVIe siècle arbore les armoiries des seigneurs de Villemesle — un témoignage de pierre où la foi et le pouvoir noble se rencontrent à Boisgasson.
Histoire
Au cœur du petit cimetière de Boisgasson, village discret du Perche ornais aux confins de l'Eure-et-Loir, se dresse une croix qui a traversé les siècles sans perdre son éloquence. Classée au titre des Monuments Historiques depuis 1971, elle appartient à cette catégorie de mobilier funéraire rural dont la richesse sculpturale surprend par sa sophistication dans un cadre si intimiste. Ce qui distingue immédiatement ce monument, c'est la qualité exceptionnelle de son soubassement Renaissance. Le bloc parallélépipédique de pierre calcaire, encadré de deux colonnes à base et chapiteau ornés de corbeilles feuillagées, révèle la main d'un atelier maîtrisant les codes de l'architecture classique naissante en France. Les deux étages de dalles superposées, couronnés d'un entablement soigné, composent une composition verticale d'une rare cohérence pour un monument de cette nature en milieu rural. L'œil averti remarquera surtout, sur l'une des faces du massif, les armoiries sculptées de la famille des Personnes, seigneurs de Villemesle. Ce blason aristocratique gravé dans la pierre funéraire transforme la croix en un document héraldique et historique précieux, témoignant du rôle de mécénat que les grandes familles de la noblesse locale jouaient dans l'embellissement des espaces sacrés de leurs terres. La visite de ce monument offre une méditation silencieuse sur la façon dont la Renaissance, phénomène urbain et courtisan par excellence, a progressivement irrigué jusqu'aux campagnes les plus reculées du royaume de France. Ici, pas de foule ni de billet d'entrée — seulement la pierre, l'herbe du cimetière et le murmure du temps qui passe. Un arrêt précieux pour tout amateur d'art roman tardif et de patrimoine vernaculaire.
Architecture
Le monument se compose de deux parties distinctes : une base du XVIe siècle, d'une grande qualité sculpturale, surmontée d'une croix moderne qui lui a été adjointe postérieurement. C'est bien sûr le soubassement Renaissance qui concentre tout l'intérêt architectural de l'ensemble. Cette base est constituée d'un bloc de pierre parallélépipédique, taillé dans le calcaire local du Perche, flanqué sur deux de ses faces de colonnes engagées dotées de bases moulurées et de chapiteaux à corbeilles de feuillage stylisé — motif typique du premier classicisme français influencé par les traités italiens. Ces colonnes soutiennent une superposition de deux dalles horizontales formant une structure à deux étages, dont la plus haute constitue un entablement soigneusement profilé. L'ensemble crée un jeu d'horizontales et de verticales équilibré, caractéristique du style Renaissance provinciale. Sur l'une des faces principales du massif, un cartouche sculpté accueille les armoiries de la famille des Personnes, seigneurs de Villemesle. Le relief, malgré les siècles d'exposition aux intempéries, conserve une lisibilité suffisante pour identifier les grandes lignes de ce blason nobiliaire. La qualité de la taille de cette pierre témoigne d'un atelier spécialisé, peut-être issu des ateliers actifs dans la région de Châteaudun ou du Vendômois, zones de diffusion précoce de la Renaissance en Beauce et dans le Perche.


