Dressée au cœur du cimetière de Lannebert, cette croix du XVIIe siècle incarne l'âme profonde de la Bretagne baroque : fût de granite travaillé, christ sculpté en haut-relief et socle à crossettes, classée Monument Historique depuis 1925.
Au centre du vieux cimetière paroissial de Lannebert, petite commune des Côtes-d'Armor nichée entre Guingamp et la côte du Goëlo, se dresse une croix funéraire qui concentre en quelques décimètres carrés de granite tout le génie lapidaire de la Bretagne du Grand Siècle. Érigée dans les premières décennies du XVIIe siècle, à une époque où les ateliers de tailleurs de pierre bretons atteignaient un raffinement rarement égalé dans l'art funéraire populaire, elle constitue l'un des exemples les mieux conservés de croix de cimetière dans l'arrondissement de Guingamp. Ce qui rend cette croix véritablement singulière, c'est la qualité d'exécution de ses éléments sculptés. Le christ en croix, traité avec une expressivité sobre caractéristique de la statuaire bretonne de la Contre-Réforme, contraste avec la rigueur géométrique du fût et du socle, dont le galbe et les moulures trahissent une main experte, probablement formée dans un atelier de renom de la région. La pierre de granite utilisée, d'un grain serré couleur gris bleuté, a traversé quatre siècles sans perdre sa lisibilité, témoignant du soin apporté au choix du matériau. Visiter cette croix, c'est pénétrer dans un espace où le temps semble suspendu. Le cimetière de Lannebert, planté d'ifs séculaires et ceint d'un muret de pierre sèche, offre un écrin de quiétude absolue. La croix, légèrement surélevée sur son socle à degrés, se détache sur le fond du ciel armoricain avec une sobriété qui force le respect. On y perçoit, mieux qu'en tout autre lieu, la relation intime que les Bretons ont toujours entretenue avec leurs morts et avec la pierre. Pour le visiteur passionné d'art sacré ou de patrimoine rural, cette halte constitue une étape précieuse sur la route des calvaires et croix de la Bretagne intérieure. Loin des foules qui se pressent devant les grandes enclos paroissiaux de Guimiliau ou de Saint-Thégonnec, Lannebert offre une expérience authentique et sans intermédiaire avec l'artisanat religieux du XVIIe siècle breton.
La croix de Lannebert répond aux canons classiques de la croix de cimetière bretonne du XVIIe siècle, tout en présentant une qualité d'exécution qui la distingue des œuvres plus sommaires de la région. Elle est entièrement taillée dans le granite local, pierre dominante du bocage costarmoricain, d'une teinte gris bleuté à grain serré, particulièrement résistante aux intempéries atlantiques. L'ensemble repose sur un socle à degrés — généralement deux ou trois marches taillées en bloc — qui la signale de loin comme axis mundi du cimetière paroissial. Le fût, de section octogonale ou carrée selon la tradition des ateliers de l'arrondissement de Guingamp, est orné de moulures sobres et de crossettes caractéristiques du vocabulaire décoratif breton du siècle. Le croisillon, d'une largeur proportionnée à la hauteur de l'ensemble, est délicatement épaulé par des consoles ou crossettes aux angles, technique structurelle autant qu'ornementale. Sur la face principale est figuré un Christ en croix en haut-relief, aux formes épurées, le visage aux traits finement ciselés malgré l'érosion pluriséculaire. La face postérieure accueille traditionnellement une représentation de la Vierge ou d'un saint patron, selon la dévotion locale. La hauteur totale de la croix, socle compris, atteint vraisemblablement deux à trois mètres, dimension habituelle pour ce type d'édifice dans le diocèse de Saint-Brieuc. L'absence d'enduit ou de polychromie conservée confère à l'ensemble une austérité toute janséniste, bien que l'œuvre soit antérieure à cette influence théologique, et rappelle que la beauté de la pierre bretonne n'a jamais eu besoin d'ornements superflus.
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