Joyau sculpté du XVIe siècle, la croix de Rosquelfen dresse à Laniscat son fût à boutons et son socle orné de personnages, témoignage rare de la piété populaire bretonne de la Renaissance.
Au cœur du pays de Laniscat, dans les Côtes-d'Armor, la croix de Rosquelfen s'élève comme un manifeste de pierre taillée à la gloire du sacré breton. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1964, cette croix monumentale du XVIe siècle appartient à cette longue tradition des calvaires et croix de chemin qui ponctuent le paysage breton depuis le bas Moyen Âge, transformant chaque carrefour, chaque hameau, en station de méditation et de mémoire collective. Ce qui distingue immédiatement la croix de Rosquelfen, c'est la sophistication de son programme sculptural. Son fût, orné de boutons saillants, témoigne d'un savoir-faire de tailleur de pierre maîtrisé, caractéristique des ateliers bretons de la Renaissance qui surent intégrer les influences gothiques tardives dans des formes nouvelles. Les dessous de bras, soutenus par des motifs ornementaux soigneusement ciselés, confèrent à l'ensemble une élégance structurelle rare pour ce type d'édifice. Le socle constitue sans doute la partie la plus remarquable de l'œuvre. Ses faces, divisées en trois registres distincts, accueillent une galerie de personnages sculptés en bas-relief — une véritable page d'Évangile de pierre destinée à instruire les fidèles dans un temps où l'image suppléait à l'écrit. Cette iconographie populaire et dévote, typique des ateliers cornouaillais et trégorrois du XVIe siècle, offre au visiteur attentif une leçon d'histoire religieuse et sociale. Le cadre naturel renforce l'émotion de la rencontre. Planté dans un environnement rural préservé, proche des gorges du Daoulas et des forêts qui habillent le centre-Bretagne, le monument s'inscrit dans un paysage intemporel qui n'a guère changé depuis que les mains anonymes d'un sculpteur breton le façonnèrent au cœur du XVIe siècle. Ici, point de foule ni de bruit : juste le dialogue silencieux entre la pierre et le ciel d'Argoat.
La croix de Rosquelfen illustre avec clarté les caractéristiques de la sculpture monumentale bretonne de la Renaissance. Son fût, élément vertical porteur, est orné de boutons — ces protubérances sphériques ou ovoïdes disposées en rangées régulières — qui constituent une signature stylistique fréquente dans les ateliers du centre et nord de la Bretagne au XVIe siècle. Cette ornementation, héritée du gothique flamboyant mais réinterprétée avec sobriété, donne au fût un rythme visuel ascendant qui conduit le regard vers la croix proprement dite. Les dessous de bras, c'est-à-dire les zones de jonction entre le croisillon horizontal et le fût vertical, sont soutenus par des motifs sculptés — consoles, corbelets ou figures d'atlantes miniatures — qui assurent à la fois une fonction structurelle et décorative. Le socle constitue le programme iconographique le plus élaboré de l'ensemble. Ses quatre faces sont divisées en trois panneaux chacune, accueillant des personnages sculptés en bas ou haut-relief. Cette organisation tripartite rappelle les retables et les soubassements de calvaires monumentaux comme ceux de Guéhenno ou de Saint-Thégonnec, à l'échelle réduite d'une croix de chemin. Les personnages représentés suivent vraisemblablement l'iconographie classique des Passion et Résurrection du Christ, avec apôtres, saints locaux et donateurs possibles. L'ensemble est taillé dans un calcaire ou un granite local, matériaux omniprésents dans la construction monumentale du centre-Bretagne, dont la patine grise et dorée s'est enrichie au fil des siècles d'une mousse et d'un lichen qui accentuent l'ancienneté de l'œuvre.
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