Érigée au premier quart du XVIIe siècle à Pontivy, la Croix de la Houssaye déploie en granit breton une théologie sculptée saisissante : du Christ en croix jusqu'au Père Éternel, toute la Trinité s'y dresse.
Au cœur de la Bretagne intérieure, à Pontivy, la Croix de la Houssaye s'impose comme l'un des exemples les plus accomplis de la sculpture religieuse bretonne du début du XVIIe siècle. Dressée sur un piédestal de granit, elle offre au regard une composition iconographique exceptionnellement dense, où la pierre grise se fait théologie visible, mêlant l'humain et le divin en un seul élan vertical. Ce qui distingue immédiatement cette croix monumentale parmi les nombreux calvaires et croix qui jalonnent le Morbihan, c'est la richesse de son programme sculptural. Là où bien des croix de carrefour se contentent d'un Christ isolé, celle de la Houssaye convoque autour du Crucifié la Vierge éplorée et saint Jean l'Évangéliste, dans la tradition du groupe de la Déploration. Mais la composition ne s'arrête pas là : au sommet du fût, le Père Éternel et le Saint-Esprit couronnent l'ensemble, déployant un phylactère aux enroulements animés d'un mouvement presque baroque, rare privilège formel pour une œuvre provinciale de cette période. Visiter la Croix de la Houssaye, c'est s'arrêter devant une page de granit où se lisent à la fois la foi populaire bretonne et le savoir-faire de tailleurs de pierre maîtrisant les codes du style contre-réformiste. L'œuvre témoigne d'une époque où, en réponse aux bouleversements religieux du XVIe siècle, l'Église catholique encourageait une iconographie foisonnante, capable de parler aux fidèles par l'image et l'émotion. Le cadre pontivyen ajoute au charme de la découverte. Pontivy, ville aux multiples visages — bourg médiéval breton et ville napoléonienne rationnelle —, offre un environnement patrimonial cohérent. La croix, inscrite aux Monuments Historiques depuis 1934, bénéficie d'une protection qui atteste de sa valeur artistique et historique reconnue par l'État. Photographes et amateurs d'art religieux y trouveront une œuvre à hauteur d'homme, accessible et généreuse en détails.
La Croix de la Houssaye repose sur un piédestal de granit, matériau omniprésent dans l'architecture et la sculpture bretonne, choisi autant pour sa robustesse face aux intempéries atlantiques que pour sa disponibilité locale. Le fût, élancé et taillé en ronde-bosse, porte l'ensemble du programme iconographique avec une verticalité assumée qui guide le regard du sol vers le ciel, mimant symboliquement l'ascension spirituelle. La composition sculptée se déploie sur plusieurs registres superposés selon une logique théologique rigoureuse. À mi-hauteur, le Christ en croix occupe la position centrale et attendue, flanqué à sa droite de la Vierge Marie et à sa gauche de saint Jean l'Évangéliste, reproduisant le groupe traditionnel de la Crucifixion tel qu'il est codifié dans l'iconographie catholique post-tridentine. La sobriété expressive des visages et le traitement des drapés révèlent une main exercée, familière des canons de la sculpture religieuse de la période. Au sommet, un registre céleste singulier représente le Père Éternel et le Saint-Esprit, rendant la composition trinitaire complète et rare : le phylactère qui se déploie entre ces figures apporte un mouvement ondulant qui contraste avec la verticalité stricte du fût et suggère une influence des courants maniéristes tardifs parvenus jusqu'en Bretagne intérieure. L'ensemble présente la cohérence stylistique du premier art baroque provincial français, attaché encore à la clarté gothique dans la structure mais sensible aux nouveaux élans formels de la Contre-Réforme. Le granit, malgré sa dureté, a permis au sculpteur de rendre des détails fins — plis des vêtements, expressions des visages, enroulements du phylactère — témoignant d'un niveau d'artisanat supérieur à la moyenne des croix rurales de la région.
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