
Croix de l'Hosannaire
Au cœur du cimetière de Ferrières, cette croix hosannaire du XIIIe siècle, en fer forgé et pierre, est l'un des rares témoins médiévaux de la liturgie pascale en Gâtinais.

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Histoire
Dressée dans l'enceinte du cimetière de Ferrières, en plein cœur du Loiret, la croix de l'Hosannaire est l'un de ces monuments discrets qui concentrent, en quelques mètres carrés, des siècles d'histoire religieuse et civique. Son nom même — hosannaire, ou « croix des hosannes » — renvoie aux processions du dimanche des Rameaux, ces défilés solennels où fidèles et clercs entonnaient leur hosanna christique avant d'en faire le tour rituel. Ce qui distingue immédiatement ce monument, c'est la rareté de son assemblage : une colonne en pierre couronnée d'une croix en fer forgé, matériaux inhabituellement associés pour un édifice funéraire médiéval. Le fer forgé, coûteux et difficile à travailler au XIIIe siècle, témoigne de l'importance accordée à cette croix par la communauté de Ferrières, alors ville prospère placée sous l'influence de la puissante abbaye bénédictine locale. À quelques pas de la croix se dresse un pupitre de pierre du XVe siècle, élément rarissime dans le mobilier liturgique de plein air. C'est depuis ce lutrin, exposé aux vents du Gâtinais, que l'on lisait l'Évangile durant la Semaine sainte — et peut-être aussi les édits royaux et seigneuriaux, mêlant sacré et temporel dans un même geste public. Ce double usage, religieux et civil, fait du site un fragment précieux de la vie collective médiévale. La visite s'inscrit naturellement dans une promenade dans le bourg de Ferrières, dont l'abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul est classée Monument historique. Le cimetière lui-même, planté d'arbres anciens, offre une atmosphère recueillie, propice à la contemplation. Même le visiteur pressé ne peut manquer l'émotion particulière que dégagent ces objets restés à leur place depuis sept siècles, soumis à la pluie, au givre et à la lumière changeante du Loiret.
Architecture
La croix de l'Hosannaire se compose de deux éléments distincts et complémentaires : une colonne en pierre calcaire, vraisemblablement taillée dans le calcaire grisâtre du Gâtinais, surmontée d'un couronnement sculpté, et une croix proprement dite en fer forgé, fichée au sommet. Cet alliage de la pierre — matériau de permanence — et du fer forgé — matériau de précision et de richesse artisanale — est caractéristique de la virtuosité des ateliers médiévaux du XIIIe siècle, capables d'adapter leur technique aux exigences d'une commande religieuse singulière. Le travail du fer forgé, avec ses volutes et ses lignes tendues propres à l'art roman tardif, contraste avec la sobriété de la colonne. Le fût de pierre, taillé en monolithe ou en plusieurs tambours superposés selon les usages locaux, repose probablement sur un socle à degrés, disposition classique des croix de cimetière médiévales destinée à élever visuellement la croix au-dessus de la foule lors des processions. Le pupitre en pierre du XVe siècle, placé à proximité immédiate, relève quant à lui du style gothique flamboyant ou de la transition vers la première Renaissance. Taillé dans le même calcaire régional, il présente sans doute un plan-table incliné soutenu par un fût mouluré, selon la morphologie habituelle des lutrins extérieurs. L'ensemble forme un micro-site liturgique cohérent, rare exemple conservé d'un espace de dévotion et de lecture publique médiéval en Gâtinais.


