Dressée dans le cimetière de Lanvallay, cette croix gothique allie un fût Renaissance du XVIe siècle à une tête de croix bien plus ancienne, témoignant de la foi bretonne dans toute sa continuité millénaire.
Au cœur du cimetière paroissial de Lanvallay, commune voisine de Dinan sur les bords de la Rance, s'élève discrètement l'une des croix monumentales les plus singulières des Côtes-d'Armor. Inscrite aux Monuments Historiques dès 1927, elle réunit en un seul et même objet deux époques distinctes de la sculpture bretonne, offrant ainsi un dialogue de pierre entre le Moyen Âge et la Renaissance. Ce qui rend cette croix véritablement unique, c'est sa nature composite : le fût, taillé au XVIe siècle dans un calcaire local soigneusement travaillé, porte une tête de croix dont la facture trahit une origine bien antérieure. Cette superposition de formes et de styles, loin d'être une incohérence, témoigne d'une pratique courante dans la Bretagne rurale, où l'on réemployait volontiers des éléments anciens — parfois prélevés sur des monuments en ruine — pour en confier la mémoire à de nouveaux supports. L'expérience de visite est celle de la méditation autant que de l'observation. Dans le silence du cimetière, à l'ombre des if centenaires caractéristiques des enclos paroissiaux bretons, la croix se révèle progressivement : ses reliefs sculptés, patinés par des siècles d'intempéries atlantiques, racontent autant qu'ils suggèrent. Le visiteur attentif saura y lire les gestes du tailleur de pierre, ses outils et ses hésitations. Lanvallay elle-même mérite le détour. Accrochée aux falaises dominant la vallée de la Rance, la commune offre des panoramas saisissants sur Dinan et ses remparts médiévaux. La croix de cimetière s'inscrit dans un réseau plus large de croix et calvaires bretons que l'amateur de patrimoine rural ne manquera pas d'explorer dans les environs.
La croix de Lanvallay est un monument lapidaire composé de deux éléments distincts intimement solidaires. Le fût, œuvre du XVIe siècle, présente une section quadrangulaire légèrement fuselée, caractéristique des productions bretonnes de la Renaissance. Il repose sur un socle à degrés en granite, matériau omniprésent en Armorique, dont la robustesse garantit la pérennité de l'ensemble face aux rigueurs climatiques. La tête de croix, plus ancienne, adopte la forme latine classique aux branches légèrement évasées. Les faces portent des reliefs sculptés dont l'iconographie suit le répertoire traditionnel des croix funéraires bretonnes : figure christique en croix sur la face principale, personnage de dévotion — Vierge à l'Enfant ou saint patron paroissial — sur le revers. La facture, plus fruste et plus expressive que celle du fût Renaissance, renvoie aux ateliers gothiques actifs dans la région dionysienne au bas Moyen Âge. L'ensemble mesure environ deux à trois mètres de hauteur, dimensions habituelles pour ce type de croix de cimetière. La patine grisâtre du granite et le travail des lichens orangés confèrent à la sculpture une présence intense dans le paysage du cimetière, soulignant la qualité et l'ancienneté d'un monument qui, dans sa modestie apparente, concentre plusieurs siècles de dévotion populaire bretonne.
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Lanvallay
Bretagne