Érigée à la fin du XVIe siècle, cette croix de carrefour en granit de Saint-Gonnery séduit par son fût cannelé et son élégante accolade trilobée aux choux sculptés, joyau discret de l'art sacré breton.
Au croisement de chemins anciens de la commune de Saint-Gonnery, dans le Morbihan profond, se dresse une croix de carrefour dont la sobriété apparente dissimule une richesse sculpturale remarquable. Taillée dans le granit local au dernier quart du XVIe siècle, elle appartient à cette grande famille des croix rurales bretonnes qui jalonnaient autrefois les routes pour protéger le voyageur, marquer le territoire paroissial et inviter le passant à la prière. Sa présence continue de ponctuer le paysage rural avec une discrétion qui force l'admiration. Ce qui distingue d'emblée cette croix de tant d'autres, c'est la qualité d'exécution de son fût orné de rainures longitudinales — une ornementation sobre mais soignée qui trahit la main d'un tailleur de pierre maîtrisant parfaitement son art. Loin de l'austérité que l'on associe parfois à la statuaire bretonne, le couronnement déploie une accolade trilobée agrémentée de choux fleuris et de crossettes, vocabulaire décoratif emprunté à l'architecture gothique flamboyant alors en vogue dans les ateliers armoricains de la fin de la Renaissance. Les deux faces de la tête de croix offrent un programme iconographique complet : d'un côté le Christ en croix, figure centrale de la dévotion populaire, de l'autre un personnage dont l'identification précise reste sujette à interprétation — saint ou Vierge à l'Enfant selon les lectures —, renforçant la dimension méditative de l'œuvre. Cette dualité iconographique est typique des croix bretonnes de la fin du XVIe siècle, qui cherchaient à condenser l'essentiel du message chrétien en un objet visible de loin. L'inscription au titre des Monuments Historiques depuis 1935 témoigne de la reconnaissance par l'État de la valeur patrimoniale de cet objet apparemment modeste. En réalité, ces croix de carrefour constituent des témoins irremplaçables de la vie religieuse et sociale de la Bretagne rurale d'Ancien Régime. Elles sont aussi de précieux repères pour comprendre l'évolution des styles sculptés en dehors des grandes commandes ecclésiastiques. Visiter la croix de carrefour de Saint-Gonnery, c'est s'arrêter le temps d'un instant hors du monde contemporain, dans un bocage morbihannais préservé où le granit gris capte la lumière changeante du ciel atlantique. Photographes et amateurs d'art sacré y trouveront matière à contemplation, notamment aux heures dorées où la pierre révèle le relief de chaque ciselure.
La croix de carrefour de Saint-Gonnery est intégralement réalisée en granit, pierre emblématique de la Bretagne intérieure, particulièrement abondante dans le secteur de Pontivy et du pays de Rohan auquel appartient Saint-Gonnery. Le granit local, de teinte grise légèrement bleutée, offre à la fois une grande résistance aux intempéries atlantiques et une texture qui répond avec bonheur au travail en taille directe. Le fût, élément porteur de la composition, se distingue par ses rainures longitudinales régulièrement espacées — un motif décoratif inspiré des cannelures de l'Antiquité revisitées par la Renaissance. Cette ornementation classicisante coexiste avec le langage gothique tardif du couronnement : une accolade trilobée dont les rampants sont animés de choux sculptés (feuillages frisés et boursouflés typiques du gothique flamboyant breton) et de crossettes (retours d'angle à équerre qui ponctuent le contour de l'accolade). Cet assemblage stylistique hybride, mêlant vocabulaire gothique et sensibilité renaissante, est caractéristique de la production sculptée bretonne de la seconde moitié du XVIe siècle, période de transition entre deux esthétiques. La tête de croix présente sur sa face principale un Christ en croix en bas-relief, traité selon les conventions dévotionnelles de l'époque : corps légèrement cambré, tête inclinée, périzonium noué. Le revers accueille un second personnage sculpté dont la silhouette, plus statique, évoque un saint en pied ou une figure d'orant. L'ensemble est d'une facture soignée qui suggère l'intervention d'un atelier spécialisé, sans doute l'un de ceux actifs dans la région de Pontivy ou de Josselin au cours de cette période productive pour l'art sacré morbihannais.
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