
Château de Conon
Château de Conon, sentinelle médiévale du Val de Loire : une enceinte à tours carrées et rondes traversant les siècles, des reprises Renaissance et de rares décors peints du XVIIe siècle nichés dans un logis discret.

© Wikimedia Commons / Wikipedia
Histoire
Dissimulé dans la campagne de Cellettes, aux confins de la Sologne et du Val de Loire, le château de Conon est l'un de ces monuments que l'on découvre presque par hasard, et dont l'évidence s'impose aussitôt. Loin de la magnificence tapageuse de Chambord ou de Cheverny, il dévoile une beauté plus intime, faite de pierre usée et de silence habité : celle d'un domaine dont les murs portent en eux huit siècles de vie humaine. Ce qui rend Conon véritablement singulier, c'est la stratification de ses époques. L'enceinte fortifiée — avec ses tours à la fois carrées et rondes, disposition révélatrice de deux phases de construction — dialogue avec les reprises architecturales de la fin du XVe et du début du XVIe siècle, moment où le souffle de la Renaissance commençait à infléchir les pratiques des bâtisseurs ligériens. Le logis intérieur, lui, conserve des décors peints du XVIIe siècle d'une rare qualité pour une demeure de cette échelle, témoignant d'un propriétaire soucieux d'élégance bien après que la mode des grands chantiers eut décliné. L'expérience de visite tient autant à l'architecture qu'à l'atmosphère : parcourir l'enceinte, longer les tours, pénétrer dans ce logis qui porta longtemps les stigmates de sa transformation en ferme, c'est traverser des couches de temps superposées. On perçoit ici la fragilité du patrimoine rural, mais aussi sa résilience — Conon a survécu à l'abandon, à la Révolution, aux affres du XXe siècle, pour être finalement reconnu et protégé au titre des Monuments Historiques en 2004. Le cadre lui-même mérite attention : Cellettes se situe à quelques kilomètres de Blois, dans un paysage de bocage doux et de forêts solognotes. Conon s'y inscrit avec naturel, comme si le château et la terre n'avaient jamais cessé de se parler. Pour le visiteur curieux, il représente un contrepoint précieux aux grandes résidences royales de la région, rappelant que la noblesse de province construisait, elle aussi, en cherchant la beauté.
Architecture
Le château de Conon illustre avec éloquence le principe de palimpseste architectural : chaque époque y a laissé sa marque sans effacer celle qui précédait. L'enceinte constitue l'élément le plus lisible de cet héritage superposé. Ses tours, à la fois carrées et rondes, révèlent deux logiques défensives successives : les premières, héritées des pratiques romanes et gothiques, confèrent à l'ensemble sa silhouette massive et austère ; les secondes, introduites à partir du XVe siècle, répondent à l'évolution des techniques d'assaut et de l'artillerie naissante. L'entrée du domaine, encadrée par ces tours de morphologies contrastées, conserve un caractère imposant qui témoigne de l'ambition originelle de ses bâtisseurs. Les reprises de la fin du XVe et du début du XVIe siècle ont profondément transformé le logis principal. Dans le goût de la première Renaissance ligérienne, les façades reçoivent un traitement décoratif plus soigné : travail des encadrements de baies, organisation rythmique des percements, introduction de motifs ornementaux qui traduisent l'influence des chantiers royaux voisins. Les matériaux employés sont ceux du pays : tuffeau blanc, pierre calcaire locale, ardoises de Touraine pour la couverture — une palette chromatique douce et lumineuse caractéristique de l'architecture civile du Val de Loire. À l'intérieur, les décors peints du XVIIe siècle constituent la grande singularité du château. Ces peintures murales, réalisées dans le logis selon les modes décoratives en vigueur sous Louis XIII et Louis XIV, ornent vraisemblablement les pièces de réception. Leur conservation, même partielle, est exceptionnelle pour un édifice de cette catégorie, longtemps abandonné à un usage agricole. L'ensemble du site, malgré les altérations liées à sa transformation en ferme, conserve une cohérence spatiale et une intégrité structurelle qui justifient pleinement sa protection monumentale.


