Joyau roman d'Angers, l'ancienne collégiale Saint-Martin déploie ses volumes du XIe siècle avec une sobriété majestueuse, témoignant de la puissance ecclésiastique angevine aux temps des Plantagenêts.
Nichée au cœur du vieux tissu urbain d'Angers, l'ancienne collégiale Saint-Martin est l'un des édifices romans les plus significatifs du Maine-et-Loire. Fondée à l'époque où la ville connaissait une première grande expansion monastique et canoniale, elle offre au visiteur attentif une leçon d'architecture médiévale rare, préservée dans son authenticité malgré les vicissitudes des siècles. Ce qui distingue Saint-Martin d'autres édifices contemporains, c'est la cohérence de son parti architectural : contrairement à beaucoup de grandes collégiales transformées au fil des ans, elle conserve des éléments romans d'une grande pureté, notamment dans la volumétrie de ses nefs et la sévérité de son appareil de tuffeau, cette pierre blonde et tendre caractéristique du val de Loire, facile à sculpter, à la fois légère et lumineuse. Les chapiteaux sculptés, les arcs en plein cintre et la modénature sobre des piliers traduisent un art roman angevin encore peu influencé par les élans gothiques qui allaient bientôt révolutionner l'architecture de la cathédrale voisine. L'expérience de visite est celle d'un dépaysement temporel. Sous les voûtes basses, la lumière filtrée par les étroites baies romanes crée une atmosphère de recueillement presque monacale. Le visiteur prend conscience que cet espace a abrité pendant plusieurs siècles une communauté de chanoines, dont la vie rythmée par les offices constituait l'armature spirituelle d'un quartier entier. Le cadre urbain environnant ajoute à l'intérêt de la visite : inscrite dans un quartier médiéval partiellement conservé, la collégiale dialogue avec les hôtels particuliers renaissants et les ruelles pavées qui ont fait la réputation touristique d'Angers. La proximité du château des ducs d'Anjou invite à construire une promenade historique cohérente entre pouvoir civil et pouvoir religieux, deux forces qui ont façonné la ville pendant des siècles.
L'ancienne collégiale Saint-Martin s'inscrit dans le courant de l'architecture romane angevine du XIe-XIIe siècle, caractérisé par l'usage généreux du tuffeau — calcaire crayeux extrait des bords de Loire — et par une sobriété ornementale qui tranche avec le foisonnement décoratif de l'art roman méridional. Le plan adopté est celui d'une église à nef principale flanquée de bas-côtés, avec un chœur orienté à l'est terminé en abside semi-circulaire, selon la tradition romane la plus classique. La croisée du transept, si elle est conservée, témoigne d'une maîtrise des charges et des poussées caractéristique des ateliers ligériens du XIIe siècle. À l'extérieur, la silhouette est dominée par des volumes simples et puissants : murs épais rythmés par des lésènes, baies en plein cintre aux ébrasements discrets, modillons sculptés soulignant les corniches. La façade occidentale, selon l'usage angevin, présente probablement un portail à voussures ornées de motifs géométriques ou de figures de l'Ancien Testament, reflet d'un programme iconographique typique des collégiales du XIIe siècle. Les parties romanes subsistantes permettent de lire la logique structurelle d'un édifice conçu pour durer. À l'intérieur, l'espace est gouverné par les grandes arcades retombant sur des piles massives aux chapiteaux sculptés : feuillages stylisés, entrelacs, figures humaines ou animales hiératiques peuplent ces supports qui constituent l'essentiel du décor sculpté conservé. La voûte, selon la formule angevine qui se perfectionne au XIIe siècle avant de donner naissance à la voûte Plantagenêt bombée, adopte peut-être une formule en berceau ou en arêtes sur les bas-côtés. L'ensemble crée une atmosphère de densité minérale et de spiritualité contenue, propre au meilleur de l'art roman occidental.
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