Manoir gothique tardif du XVe siècle niché au cœur des Côtes-d'Armor, Cléhunault dévoile une chapelle aux boiseries peintes d'une rare élégance, attribuées au célèbre atelier Le Corre de Pontivy.
Perché dans la campagne bretonne de Saint-Martin-des-Prés, le manoir de Cléhunault incarne avec discrétion et noblesse l'art de vivre seigneurial de la fin du Moyen Âge. Loin des châteaux spectaculaires de la Loire, il offre une fenêtre intime sur la Bretagne profonde, celle des petites cours closes, des portails en granite et des chapelles privées où la foi et l'art se confondent. L'ensemble architectural, organisé en trois corps de logis disposés en U autour d'une cour intérieure, crée un sentiment d'enclos rassurant et majestueux à la fois. Le mur de clôture et le portail qui ferment la cour renforcent cette impression de monde à part, préservé des siècles et du bruit. Ici, l'architecture parle à voix basse mais avec autorité. Ce qui distingue véritablement Cléhunault des autres manoirs bretons, c'est sa chapelle. Prolongeant l'aile ouest vers le sud, elle renferme un décor intérieur d'une qualité exceptionnelle : boiseries sculptées, retables finement travaillés et lambris peints composent un ensemble attribué à l'atelier des Le Corre, maîtres menuisiers-sculpteurs originaires de Pontivy dont le talent irriguait toute la Bretagne intérieure au XVIIIe siècle. La visite du manoir est une expérience de dépaysement complet. Dans la pénombre dorée de la chapelle, les couleurs des lambris peints semblent avoir défié le temps. Les amateurs d'art religieux breton, les passionnés d'histoire locale et les photographes en quête de lumières chaudes et de volumes inattendus trouveront ici matière à émerveillement. Le cadre champêtre alentour, typique du pays de Loudéac, ajoute une sérénité précieuse à la découverte.
Le manoir de Cléhunault adopte un plan en U caractéristique de l'architecture seigneuriale bretonne de la fin du Moyen Âge : trois corps de logis s'organisent autour d'une cour intérieure, fermée côté entrée par un mur de clôture percé d'un portail. Cette disposition, à la fois défensive et représentative, crée un espace de vie maîtrisé, tourné sur lui-même, à l'abri des regards extérieurs. Les façades, élevées en granite — matériau roi des Côtes-d'Armor —, présentent le sobriété appareillage caractéristique de la fin du gothique breton : ouvertures à meneaux, lucarnes à crossettes et chaînes d'angle soigneusement taillées. La verticalité des toitures ardoisées, typiques du climat armoricain, confère à l'ensemble une silhouette élancée et austère. L'élément le plus remarquable est sans conteste la chapelle, greffée en prolongement de l'aile ouest, orientée vers le sud selon la tradition liturgique. Son décor intérieur constitue un ensemble cohérent et rare : les boiseries encadrent l'espace avec rigueur, les lambris peints habillent les murs de motifs colorés mêlant iconographie religieuse et ornements géométriques, tandis que les retables, structurés selon un vocabulaire baroque classicisant, rythment le chevet. L'attribution de ce décor à l'atelier des Le Corre de Pontivy en fait un document précieux pour l'histoire de la menuiserie et de la peinture décoratives en Bretagne centrale au XVIIIe siècle. La rénovation du XVIIIe siècle a par ailleurs introduit quelques éléments classiques dans la composition générale, notamment dans les encadrements de baies et les détails des corniches, qui tempèrent le caractère médiéval originel sans le trahir. L'ensemble conserve ainsi une remarquable stratification stylistique, lisible par l'œil attentif.
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