Château de Cipières
Manoir sarladais des XVe-XVIe siècles, le château de Cipières dévoile sa tour hexagonale Renaissance et ses toits de lauze dorée, symboles d'un Périgord Noir préservé au cœur de la vallée de la Dordogne.
Histoire
Niché dans le paysage bocager et boisé de Saint-Crépin-et-Carlucet, en plein cœur du Périgord Noir, le château de Cipières est l'un de ces manoirs discrets qui condensent plusieurs siècles d'histoire rurale française dans une architecture d'une cohérence remarquable. Loin des extravagances des grandes résidences royales, il incarne avec élégance ce que les historiens appellent le « type sarladais » : une architecture domestique de qualité, enracinée dans les ressources et les savoir-faire locaux, où la pierre calcaire et la lauze du Périgord règnent en maîtres. Ce qui rend Cipières véritablement singulier, c'est la coexistence de deux temporalités architecturales lisibles d'un seul regard. La tour carrée du XVe siècle, massive et défensive dans son propos, côtoie sans heurt une tour hexagonale d'escalier du XVIe siècle, bien plus raffinée, surmontée d'une girouette de fer forgé qui vire encore au gré des vents périgourdins. Cette dualité raconte, en pierres taillées, la transition de la forteresse médiévale vers la demeure d'agrément de la Renaissance. La visite du site, même depuis ses abords, est une expérience sensorielle et intellectuelle. Les fenêtres à meneaux rythmant la façade du corps de logis, la petite terrasse ornée de balustres d'esprit Louis XIII, et la ruine énigmatique d'une troisième tour appuyée contre la tour carrée offrent autant de points de contemplation à l'amateur de patrimoine. La toiture en lauze, maintenue dans son état d'origine, constitue à elle seule un témoignage précieux d'une technique quasi disparue. Le cadre naturel renforce l'impression d'authenticité. Saint-Crépin-et-Carlucet se trouve à quelques kilomètres de Sarlat-la-Canéda, dans une des régions les plus riches de France en châteaux et sites préhistoriques. Les promeneurs, les passionnés d'architecture et les photographes y trouveront une lumière méridionale qui dore les toits de lauze avec une intensité particulière en fin d'après-midi. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1946, le château de Cipières bénéficie d'une protection méritée qui garantit la pérennité de ses éléments les plus précieux. Il représente un jalon indispensable pour quiconque souhaite comprendre l'architecture civile du Périgord au-delà des façades les plus célèbres.
Architecture
Le château de Cipières appartient au type architectural du manoir sarladais, caractérisé par une économie de moyens rigoureuse mise au service d'une esthétique locale cohérente et durable. Le corps de logis « barlong » — terme désignant un plan rectangulaire dont la largeur excède la longueur — constitue le cœur de l'ensemble. Il est flanqué de deux tours qui en révèlent les deux grandes phases de construction : une tour carrée du XVe siècle, aux proportions robustes héritées de la tradition défensive médiévale, et une tour hexagonale du XVIe siècle, plus élancée et ornementale, qui abrite l'escalier en vis de desserte. Cette dernière est coiffée d'une girouette de fer forgé, rare témoignage des arts du métal de la Renaissance provinciale. Les murs, en pierre calcaire locale, arborent des fenêtres à meneaux soigneusement taillées qui scandent la façade avec régularité. La petite terrasse à balustres d'influence Louis XIII, ajout du XVIIe siècle, introduit une note d'agrément et de représentation dans cette demeure essentiellement utilitaire. La toiture en lauze constitue l'élément le plus précieux et le plus représentatif de l'ensemble. Ces plaquettes de calcaire grises et ocres, posées sans mortier selon une technique médiévale très exigeante, confèrent au manoir son identité visuelle la plus immédiatement reconnaissable. Lourdes mais d'une longévité exceptionnelle, les lauzes ont protégé Cipières pendant des siècles et en font l'un des rares exemples de cette couverture traditionnelle encore en place dans la région. La ruine d'une troisième tour, adossée à la tour carrée, ajoute une dimension pittoresque et mélancolique à l'ensemble, rappelant les aléas de l'histoire et des intempéries qui ont eu raison d'une partie de l'édifice originel.


