Cinq sentinelles de pierre dressées dans la forêt de Haute-Sève, ces menhirs néolithiques classés depuis 1900 témoignent d'un sacré millénaire niché au cœur de la Bretagne profonde.
Au détour des sentiers ombragés de la forêt de Haute-Sève, à proximité de Saint-Aubin-du-Cormier, cinq menhirs surgissent de la végétation avec une présence à la fois discrète et saisissante. Disposés dans un paysage forestier typique du massif armoricain, ces monolithes dressés constituent l'un des ensembles mégalithiques les plus intimistes d'Ille-et-Vilaine, loin de la foule des grands alignements du Morbihan. Ce qui distingue ce site, c'est précisément son écrin boisé. Là où d'autres menhirs bretons se dressent en pleine lande sous un ciel ouvert, ceux de Haute-Sève sont comme absorbés par la forêt, leurs silhouettes de granite gris-bleu tranchant sur le fond vert des fougères et des hêtres. La lumière filtrée par les frondaisons crée une atmosphère presque mystique, qui invite à comprendre pourquoi ces lieux furent choisis par les populations néolithiques pour leurs pratiques rituelles ou funéraires. L'expérience de visite est celle d'une découverte progressive et silencieuse. Le visiteur qui s'aventure sur les chemins forestiers depuis le bourg de Saint-Aubin-du-Cormier — ville connue par ailleurs pour les ruines de son château médiéval — est récompensé par la rencontre de ces pierres levées, dont certaines atteignent plusieurs mètres de hauteur. Aucune infrastructure touristique lourde ne vient altérer l'authenticité du lieu : c'est un site de patrimoine brut, à vivre et à ressentir. Pour les amateurs de randonnée, de photographie ou simplement de nature mêlée d'histoire, ce site offre une expérience rare : celle de côtoyer des témoins de pierre érigés il y a plus de cinq mille ans, dans un cadre forestier préservé qui semble avoir traversé les siècles presque intact.
Les cinq menhirs de la forêt de Haute-Sève sont taillés dans un granite local de teinte gris à bleuté, caractéristique du socle armoricain. Ce matériau, d'une résistance exceptionnelle, explique leur préservation sur plusieurs millénaires. Chaque pierre présente un profil brut, à peine équarri : les surfaces portent encore les marques du travail néolithique, réalisé par percussion à l'aide d'autres blocs de pierre plutôt qu'au métal. Les formes sont élancées, légèrement fusiformes pour les plus grands spécimens, avec une base élargie enfouie dans le sol pour assurer la stabilité de l'ensemble. La disposition des cinq monolithes dans l'espace forestier évoque un ensemble intentionnel plutôt qu'une accumulation fortuite. Certains peuvent atteindre deux à trois mètres de hauteur hors sol — dimension courante pour les menhirs isolés d'Ille-et-Vilaine — tandis que d'autres se montrent plus modestes. L'orientation relative des pierres entre elles pourrait obéir à une logique astronomique ou topographique, comme c'est fréquemment le cas pour les ensembles mégalithiques bretons dont l'axe principal est souvent aligné sur le lever ou le coucher du soleil aux solstices. La patine des surfaces, recouverte par endroits de lichens dorés, orangés et gris, contribue à l'aspect monumental et vénérable de ces pierres. Aucun décor gravé (cupules, haches, représentations anthropomorphes) n'est documenté à leur surface, à la différence des menhirs plus ornementés du Morbihan, ce qui est cohérent avec les caractéristiques générales du mégalithisme de Haute-Bretagne, plus sobre que celui du sud de la région.
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Saint-Aubin-du-Cormier
Bretagne