Joyau Art déco du littoral breton, ce cinéma-dancing de Saint-Quay-Portrieux incarne l'âge d'or des loisirs balnéaires des années 1930, où se mêlaient projections cinématographiques et nuits de danse face à la Manche.
Au cœur de Saint-Quay-Portrieux, station balnéaire des Côtes-d'Armor prisée depuis la Belle Époque, le cinéma-dancing s'impose comme un témoin rare et précieux de la culture du loisir populaire telle qu'elle s'épanouissait sur les côtes bretonnes dans l'entre-deux-guerres. Classé monument historique par arrêté du 21 novembre 1995, cet édifice singulier conjugue en un seul bâtiment deux fonctions festives qui rythmaient la vie des stations balnéaires du premier XXe siècle : la salle obscure et la piste de danse. Ce qui rend ce lieu véritablement unique, c'est la rareté de ce type d'établissement hybride encore conservé en France. Si les cinémas-dancings foisonnaient dans les années 1930 et 1940 le long du littoral atlantique et de la Manche, la plupart ont succombé aux mutations commerciales ou aux démolitions de l'après-guerre. Celui de Saint-Quay-Portrieux a traversé les décennies avec une intégrité architecturale suffisante pour mériter la protection nationale, faisant de lui un document vivant sur les pratiques culturelles et sociales de la bourgeoisie vacancière bretonne. L'expérience de visite est celle d'un voyage dans le temps. Les formes géométriques, les ornements stylisés et l'atmosphère générale de l'édifice restituent immédiatement l'esthétique d'une époque où le plaisir collectif s'habillait volontiers de modernité. On imagine aisément les estivants en costume de lin se pressant pour la séance du soir, avant de glisser vers la piste de danse au son d'un orchestre de bal. Le cadre de Saint-Quay-Portrieux amplifie le charme du lieu. La commune, nichée entre la baie de Saint-Brieuc et les caps rocheux des Côtes-d'Armor, offre un environnement maritime authentique, loin du tourisme de masse, où le cinéma-dancing s'inscrit dans un tissu urbain balnéaire encore lisible dans son cohérence architecturale des années 1920-1950.
Le cinéma-dancing de Saint-Quay-Portrieux présente les caractéristiques typiques de l'architecture de loisirs de l'entre-deux-guerres, marquée par l'influence du style Art déco et du modernisme fonctionnel. La façade, conçue pour attirer et impressionner, devait afficher une certaine théâtralité : probablement rythmée par des pilastres, des frises géométriques et une marquise saillante annonçant les programmes, elle conjuguait séduction commerciale et affirmation stylistique propre à l'époque. L'intérieur se divise en deux espaces distincts aux fonctionnalités complémentaires. La salle de cinéma, dotée d'un gradin ou d'une salle à plan incliné permettant une bonne visibilité de l'écran, pouvait accueillir plusieurs centaines de spectateurs lors des grandes soirées estivales. Le volume de la salle de danse, plus vaste et plus lumineux, offrait la superficie nécessaire aux évolutions des danseurs, avec un parquet soigné et une estrade réservée aux musiciens. Les deux espaces communiquaient probablement via un foyer ou un couloir de distribution facilitant les transitions entre les deux activités. Les matériaux employés reflètent les pratiques constructives régionales et l'économie du bâtiment de loisirs : enduits peints sur maçonnerie de moellon ou de brique, menuiseries métalliques pour les grandes ouvertures, toiture à faible pente ou terrasse selon l'esthétique moderniste adoptée. La décoration intérieure devait faire la part belle aux stucs géométriques, aux luminaires à abat-jour et aux miroirs caractéristiques du style balnéaire des années 1930.
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Saint-Quay-Portrieux
Bretagne