Cheminée-colonne dite « Grande Cheminée du Plomb »
Sentinelle industrielle de Septèmes-les-Vallons, la Grande Cheminée du Plomb dresse son fût colossal au cœur de la Provence. Vestige saisissant de l'ère métallurgique, inscrite aux Monuments Historiques en 2024.
Histoire
Au nord de Marseille, dans le couloir de Septèmes que les Provençaux ont de longue date baptisé « porte de la ville », se dresse une cheminée-colonne d'une singulière prestance. Connue sous le nom de Grande Cheminée du Plomb, elle s'impose dans le paysage comme une tour solitaire, mémoire verticale d'une industrie métallurgique aujourd'hui disparue mais dont l'empreinte demeure gravée dans la pierre et dans les archives locales. Ce monument appartient à une catégorie rare dans le patrimoine français : les cheminées d'usines élevées au rang d'œuvres architecturales dignes de protection. Sa forme cylindrique ou polygonale, caractéristique des cheminées de tirage liées aux fours de fusion du plomb, lui confère une silhouette à la fois austère et majestueuse. Loin de l'image romantique des châteaux médiévaux, elle incarne une autre forme de grandeur, celle du labeur industriel du XIXe siècle et de l'ingéniosité des constructeurs qui surent élever ces colonnes de briques à des hauteurs vertigineuses pour optimiser le tirage des fumées. Visiter la Grande Cheminée du Plomb, c'est s'immerger dans un paysage marqué par la superposition des âges : les collines calcaires de l'arrière-pays marseillais forment un écrin naturel aux tonalités ocre et blanche, tandis que le site industriel dont la cheminée est le dernier témoin évoque les décennies où Septèmes fut un acteur discret mais réel de la métallurgie provençale. Les amateurs de photographie y trouveront des cadrages saisissants, jouant sur la verticalité du fût et l'horizontalité des reliefs environnants. L'inscription au titre des Monuments Historiques, prononcée par arrêté du 4 octobre 2024, marque une étape décisive dans la reconnaissance du patrimoine industriel français. Elle témoigne d'une prise de conscience collective : les cheminées d'usines, longtemps menacées de démolition, constituent des marqueurs irremplaçables de l'histoire économique et sociale des territoires. La Grande Cheminée du Plomb rejoint ainsi le cercle encore restreint des édifices industriels protégés en région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Architecture
La Grande Cheminée du Plomb appartient au type des cheminées-colonnes industrielles caractéristiques de la seconde moitié du XIXe siècle. Son fût, vraisemblablement construit en briques de terre cuite soigneusement appareillées, s'élève en s'effilant progressivement depuis une base massive jusqu'à son couronnement, selon le principe du fruit inversé qui confère à ces structures leur remarquable stabilité face aux vents dominants — le mistral en particulier, qui balaye fréquemment le couloir de Septèmes. La section circulaire ou légèrement octogonale de la colonne optimise la résistance mécanique tout en facilitant la montée en tirage des fumées. La base de l'édifice repose sur des fondations profondes adaptées à la nature calcaire et argileuse des terrains provençaux. Un soubassement plus large, en pierre de taille ou en maçonnerie mixte pierre-brique, assure la transition entre le sol et le fût proprement dit. Cette partie basse, la plus exposée aux contraintes mécaniques et aux intempéries, présente généralement un appareil soigné qui trahit le soin apporté par les constructeurs à la durabilité de l'ouvrage. L'intérêt architectural de la cheminée réside dans sa simplicité fonctionnelle élevée à une forme d'élégance industrielle. Sans ornement superflu, elle tire sa beauté de ses proportions, de la régularité de son appareillage et de son insertion dans le paysage. Le couronnement, probablement en briques moulurées ou en fonte, constitue l'unique concession décorative d'un édifice entièrement pensé pour l'efficacité technique. C'est précisément cette austérité qui en fait un exemple remarquable du génie constructif de l'ère industrielle provençale.


