
Château
Érigé pour Jean de Taix, grand maître de l'artillerie de François Ier, ce joyau Renaissance de Touraine cache un escalier à caissons sculptés digne d'Azay-le-Rideau et un puits monolithe aux gargouilles léonines.

© Wikimedia Commons
Histoire
Niché dans le bocage tourangeau de Sepmes, à quelques lieues de Sainte-Maure-de-Touraine, le château de Sepmes se présente comme l'un de ces édifices Renaissance que la discrétion a préservés des foules tout en leur conservant une intégrité remarquable. Loin de la magnificence ostentatoire des grands châteaux de la Loire, il dégage une élégance intime, celle d'une demeure conçue pour un homme de pouvoir autant que de culture, à l'heure où l'Italie réinventait le goût français. Ce qui distingue immédiatement Sepmes, c'est la qualité sculpturale de ses intérieurs. L'escalier droit qui dessert le corps de logis principal rivalise sans rougir avec celui d'Azay-le-Rideau : ses rampes rectilignes sont couvertes d'un plafond rampant à caissons ornés de grands fleurons finement ciselés, témoignage d'une maîtrise artisanale au sommet de son art. Dans la grande salle, une cheminée monumentale arbore des peintures murales portant la devise *concordia fratrum* — la concorde entre frères —, formule qui en dit long sur les ambitions dynastiques de son commanditaire. La cour intérieure réserve une autre surprise : un puits dont la margelle monolithe est ornée de gargouilles sculptées en forme de lions. Rare dans la région, cet élément associe la fonction utilitaire à la décoration statuaire avec une liberté inventive typique du premier XVIe siècle. La façade est, aujourd'hui partiellement mutilée, portait un ordonnancement de colonnes rondes à chapiteaux corinthiens, signe d'une influence directement puisée dans les chantiers romains que le propriétaire avait personnellement fréquentés. La visite du château, bien que partielle du fait des transformations et dommages subis par les dépendances, offre à l'amateur de patrimoine une rencontre authentique avec la Renaissance de province : non pas le décor de cour reconstitué pour les touristes, mais la matière brute, légèrement usée, d'une architecture qui a vécu. Le cadre champêtre de l'Indre-et-Loire ajoute à cette expérience une sérénité bienvenue, loin des circuits balisés.
Architecture
Le château de Sepmes s'articule autour d'un corps de logis rectangulaire principal auquel vient s'adosser, au sud, un bâtiment décalé de plan carré identifié comme la partie la plus ancienne du complexe, probable héritier de la forteresse médiévale antérieure. Le corps principal, aujourd'hui amputé d'un étage, témoigne par ses vestiges d'une ambition Renaissance pleinement assumée : la façade est était rythmée de colonnes rondes à chapiteaux corinthiens, ordonnancement directement inspiré des palais romains que Jean de Taix avait côtoyés lors de son ambassade. À l'intérieur, la pièce maîtresse est sans conteste l'escalier droit, dont la configuration rappelle étroitement celui du château d'Azay-le-Rideau : des rampes rectilignes superposées, couvertes d'un plafond rampant à caissons sculptés de grands fleurons, constituent l'un des exemples les plus aboutis de ce type d'escalier en Touraine. La grande salle conserve une cheminée monumentale ornée de peintures murales portant la devise *concordia fratrum*, traitement iconographique rare associant le programme décoratif à un message familial ou dynastique explicite. Dans la cour, un puits retient particulièrement l'attention : sa margelle taillée dans un seul bloc de pierre est animée de gargouilles en forme de lions, combinaison de l'utilitaire et du décorum sculpté caractéristique du goût Renaissance. Les matériaux mis en œuvre sont ceux de la tradition tourangelle : le tuffeau, pierre calcaire locale d'une grande facilité de taille, qui permet la précision des ornements et se patine d'un blanc crémeux sous la lumière d'Anjou.


