Château
Discret joyau du XVIIe siècle en Eure-et-Loir, le château de Saint-Lubin-des-Joncherets séduit par l'harmonie parfaite entre son architecture classique et sa chapelle seigneuriale, témoins intacts d'une élégance provinciale préservée.
Histoire
Niché dans le bocage du Thymerais, à quelques lieues de la vallée de l'Avre, le château de Saint-Lubin-des-Joncherets constitue l'un de ces édifices discrets qui incarnent le mieux la seigneurie française du Grand Siècle. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1930, il témoigne d'une époque où la noblesse de robe et la bourgeoisie terrienne faisaient bâtir avec soin et cohérence, loin des fastes versaillais mais avec un sens aigu de la dignité architecturale. Ce qui rend ce château véritablement singulier, c'est le lien indissociable qu'il entretient avec l'église paroissiale voisine. Avant d'être ouverte au culte public, cette église faisait office de chapelle seigneuriale privée : propriétaires et château formaient ainsi un ensemble liturgique et résidentiel d'une remarquable unité, rare exemple de continuité entre le domaine nobiliaire et l'espace sacré dans cette région du Perche-Drouais. L'expérience de visite ici se vit davantage dans la contemplation que dans le spectacle. L'amateur de patrimoine appréciera la lecture des volumes extérieurs, la sobriété ornementale caractéristique du classicisme provincial, et la qualité du dialogue entre le bâti résidentiel et les dépendances qui l'accompagnent. Le site invite à une promenade lente, attentive aux détails que l'on manquerait en passant trop vite. Le cadre naturel renforce ce sentiment d'authenticité. Les terres alentour, doucement vallonnées, plantées de haies bocagères et de vieux arbres, confèrent à l'ensemble une atmosphère de campagne française profonde, loin des circuits touristiques battus. Saint-Lubin-des-Joncherets reste un village à l'écart des grands flux, ce qui préserve au château son caractère intimiste et son étonnante intégrité.
Architecture
Le château de Saint-Lubin-des-Joncherets appartient à la grande famille des demeures classiques provinciales du XVIIe siècle. Son style, directement apparenté à celui de l'église voisine qu'il a jadis abritée comme chapelle, révèle une unité de conception rare : un même commanditaire, probablement un même maître d'œuvre, ont pensé l'ensemble du domaine comme un tout cohérent, aussi bien le bâtiment résidentiel que l'espace liturgique. Les caractéristiques architecturales propres à cette période et à cette région sont vraisemblablement présentes : façades ordonnancées selon une symétrie stricte, travées rythmées par des pilastres ou des chaînes harpées en pierre de taille, toiture à forte pente couverte d'ardoise avec lucarnes à frontons, et fenêtres à petits-bois à meneaux ou à croisée selon les influences du moment. L'usage conjugué de la brique et de la pierre blanche de la région — matériaux abondants en Eure-et-Loir — confère aux édifices de cette époque un caractère chromatique distinctif, chaleureux et élégant. L'organisation spatiale suit probablement le schéma classique du château entre cour et jardin : un corps de logis principal flanqué d'ailes en retour formant une cour d'honneur ouverte sur la campagne, avec des dépendances agricoles et d'éventuels vestiges de jardins à la française. La proximité fonctionnelle et stylistique avec l'église constitue la particularité architecturale la plus remarquable du site, faisant de cet ensemble l'un des témoins les plus complets de l'organisation seigneuriale du Thymerais sous l'Ancien Régime.


