Château Morin
Chartreuse girondine du XVIIIe siècle, le Château Morin à Bassens révèle ses fastueux salons de réception ornés de lambris dorés, de cheminées et de ferronneries d'époque, dans un écrin de verdure bordelais.
Histoire
Aux portes de Bordeaux, sur la rive droite de la Garonne, le Château Morin incarne avec discrétion l'art de vivre aristocratique du siècle des Lumières. Loin de la verticalité des châteaux médiévaux, cette chartreuse — terme propre à l'architecture girondine désignant une demeure de plain-pied tout en horizontalité et en élégance — déploie ses volumes sobres dans un parc dont subsistent les tracés de l'ancienne esplanade. Le monument, inscrit aux Monuments Historiques depuis 1965, témoigne de la prospérité d'une région profondément marquée par le commerce du vin et l'influence culturelle bordelaise. Ce qui distingue véritablement le Château Morin, c'est la qualité remarquable de ses intérieurs préservés. Rares sont les demeures de ce type à conserver une telle cohérence décorative : les lambris à restes de dorures, les cheminées d'époque et les portes à ferronneries anciennes forment un ensemble d'une authenticité saisissante, évocateur des réceptions fastueuses qui s'y tenaient au XVIIIe siècle. Ces décors intérieurs constituent aujourd'hui un témoignage précieux de l'art décoratif régional sous l'Ancien Régime. La cour d'honneur, précédée de sa belle grille en fer forgé flanquée de piliers maçonnés, introduit le visiteur dans un espace ordonné et solennel. À droite se dresse une ancienne chapelle, discret rappel de la vie spirituelle qui rythmait l'existence des grandes familles bordelaises. Cet ensemble — corps de logis, chapelle, cour d'honneur, parc — compose une unité architecturale cohérente, représentative du modèle de la chartreuse girondine dans toute sa plénitude. L'atmosphère qui se dégage de la propriété est celle d'un temps suspendu. Le dessin de l'esplanade côté parc évoque les promenades d'antan, les jardins à la française autrefois soigneusement entretenus, et invite à la rêverie historique. Le Château Morin s'adresse aux amateurs d'architecture civile du Grand Siècle tardif, aux passionnés du patrimoine girondin et à quiconque souhaite sortir des sentiers battus des grands châteaux viticoles pour découvrir une demeure d'une intimité et d'une authenticité rares.
Architecture
Le Château Morin est un parfait représentant du type architectural de la chartreuse girondine : une demeure de plain-pied, développée sur un seul rez-de-chaussée en longueur, sans étage, selon un principe d'horizontalité qui tranche résolument avec les canons du château traditionnel. Ce parti architectural, intimement lié au climat aquitain et à l'art de vivre local, confère à l'édifice une silhouette apaisée et élégante, typique des grandes maisons de plaisance du Bordelais du XVIIIe siècle. Les façades, probablement en pierre de taille calcaire de la région, affichent la sobriété classique en vogue sous le règne de Louis XV et Louis XVI, avec un ordonnancement rigoureux des ouvertures. La composition du domaine obéit à un plan d'ensemble soigneusement ordonné. La cour d'honneur, pivot de l'organisation spatiale, est fermée en façade par une grille en fer forgé tendue entre deux piliers maçonnés — élément représentatif du savoir-faire des ferronniers bordelais du XVIIIe siècle. À droite de cette cour se dresse l'ancienne chapelle, volume annexe intégré harmonieusement à l'ensemble. Du côté opposé, le parc s'ouvre sur une esplanade dont le tracé géométrique rappelle les principes du jardin à la française alors en vogue. L'intérieur constitue le joyau de la propriété. Les salons de réception conservent leurs lambris d'époque avec des restes de dorures, témoins du faste des intérieurs aristocratiques du XVIIIe siècle girondin. Les cheminées, aux manteaux finement sculptés, et les portes à ferronneries anciennes complètent cet ensemble décoratif d'une cohérence remarquable, proche dans son esprit des grands hôtels particuliers bordelais de la même époque. Ces décors font du Château Morin un document architectural vivant sur les arts appliqués de l'Ancien Régime en Aquitaine.


