Château
Joyau gothique du duc de Berry, résidence de Charles VII et théâtre d'une fin de règne tragique : Mehun-sur-Yèvre fut l'un des plus fastueux châteaux du Moyen Âge français, aujourd'hui splendide à l'état de ruine.
Histoire
Dressées au-dessus de la vallée de l'Yèvre, les tours déchiquetées du château de Mehun-sur-Yèvre exercent une fascination intacte malgré les siècles d'abandon et de démolition. Ce qui subsiste de ce qui fut l'une des résidences les plus somptueuses du royaume de France suffit à mesurer l'ambition artistique du duc Jean de Berry, mécène absolu du tournant du XVe siècle. Les Très Riches Heures du duc de Berry, ce chef-d'œuvre de l'enluminure conservé à Chantilly, représentent Mehun avec une précision saisissante : flèches élancées, tourelles à bec, fenêtres à meneaux — un portrait figé d'un château aujourd'hui disparu à plus des trois quarts. Ce qui distingue Mehun de tant d'autres ruines médiévales, c'est la qualité exceptionnelle de l'art qui y fut produit et exposé. André Beauneveu, sculpteur attitré du duc, et Jean de Cambrai y déployèrent leurs talents pour un décor sculpté d'une finesse inégalée, dont quelques fragments précieux ont rejoint les collections du musée municipal de la ville, installé précisément dans les vestiges du château. Visiter Mehun, c'est donc pratiquer une archéologie du luxe médiéval, en recomposant mentalement la splendeur disparue à partir d'indices sculptés et de la matière des murs encore debout. L'expérience de visite est intimiste et savante. Le musée Charles VII, niché dans les sous-sols voûtés en berceau surbaissé, propose une collection lapidaire et des fragments décoratifs remarquables qui ancrent la visite dans une réalité tangible. Les deux tours partiellement conservées offrent une lecture claire de la technique constructive de Guy de Dammartin, avec leurs parements de pierre de taille encadrant un blocage de silex caractéristique du Berry. Le cadre contribue au charme du lieu. La ville de Mehun-sur-Yèvre, nichée dans la Champagne berrichonne entre Bourges et Vierzon, conserve autour du château un tissu médiéval cohérent qui prolonge l'atmosphère. Les rives de l'Yèvre offrent des points de vue sur les ruines d'une mélancolie romantique. Photographes et amateurs de patrimoine y trouveront une matière exceptionnelle, loin des foules qui assiègent les grands châteaux de la Loire.
Architecture
Le château de Mehun-sur-Yèvre tel que reconfiguré par Guy de Dammartin dans la seconde moitié du XIVe siècle représentait l'un des exemples les plus accomplis du gothique palatial français. L'édifice combinait les exigences défensives d'une forteresse — tours à bec cylindriques, chemin de ronde, fossés — avec le raffinement d'une résidence aristocratique de premier rang : grandes baies à meneaux et remplages, galeries à arcatures, chapelle intérieure et jardins ordonnés. Les tours, dont subsistent deux tronçons notables, étaient construites selon une technique caractéristique du Berry médiéval : deux parements en pierre de taille ou en moellon encadrant un blocage de débris de pierre et de silex, technique à la fois économique et robuste. Les structures conservées permettent d'apprécier la maîtrise technique de l'atelier de Dammartin. Les voûtes des sous-sols sont en berceau surbaissé, tandis que les salles du donjon étaient couvertes de voûtes sur croisées d'ogives, solution gothique classique adaptée aux volumes palatins. Quelques éléments sculptés en place ou relevés lors des fouilles — culs-de-lampe, clés de voûte, fragments de meneaux — attestent de la qualité exceptionnelle du chantier, qui fit appel aux meilleurs sculpteurs du temps. Les Très Riches Heures du duc de Berry restituent une silhouette de château à tourelles élancées et toitures en poivrière qui se rattache au gothique flamboyant naissant, annonçant les recherches formelles qui s'épanouiront au XVe siècle.


