Château
Aux confins de la Touraine, le château de Genillé dresse ses tours cylindriques médiévales et sa remarquable vis octogonale Renaissance, témoins de la demeure d'Adam Fumée, médecin des rois.
Histoire
Niché dans le paisible bourg de Genillé, aux portes du val du Cher et de la forêt d'Amboise, le château de Genillé est l'une de ces demeures seigneuriales tourangelles qui condensent en leurs pierres deux siècles d'histoire royale et architecturale. Loin des fastueuses résidences de la Loire qui ont éclipsé bien des trésors satellites, ce château inscrit aux Monuments Historiques conserve une authenticité rare, celle d'un édifice resté à l'écart des grandes transformations du XIXe siècle. Ce qui distingue immédiatement Genillé, c'est la cohabitation harmonieuse entre la robustesse médiévale de ses deux grosses tours cylindriques d'angle et l'élégance naissante de la Renaissance exprimée dans sa tour d'escalier octogonale en saillie. Ce dialogue entre deux esthétiques — la forteresse et la demeure de plaisance — est précisément ce qui caractérise l'architecture du Val de Loire à la charnière des XVe et XVIe siècles, lorsque la noblesse de cour commença à troquer le donjon pour le bel escalier à vis. Le visiteur qui s'approche du château découvre une composition asymétrique attachante : le corps de logis principal flanqué de ses tours d'angle, les échauguettes en cul-de-lampe sur les angles orientaux qui semblent surveiller les anciens fossés, et cette tour octogonale qui anime la façade est d'un rythme presque sculptural. Les douves, aujourd'hui largement comblées, ne laissent plus deviner qu'en creux l'ancien caractère défensif du site, mais l'ensemble demeure d'une cohérence architecturale remarquable. Le cadre environnant, bocager et tranquille, invite à prendre le temps d'observer les détails — les culs-de-lampe finement travaillés, les proportions des tours, les ajouts du XVIIe siècle qui s'intègrent discrètement au bâti médiéval. Pour les amateurs d'architecture civile de la fin du Moyen Âge et des premières heures de la Renaissance française, Genillé constitue une étape confidentielle et précieuse dans la découverte du patrimoine tourangeau.
Architecture
Le château de Genillé s'inscrit dans la grande tradition de l'architecture civile tourangelle de la transition gothique-Renaissance. Son plan masse s'organise autour d'un grand corps de logis rectangulaire dont les angles ouest sont flanqués de deux grosses tours cylindriques, héritages directs de la conception défensive médiévale. Ces tours, dont le galbe puissant contraste avec l'horizontalité du corps principal, évoquent les châteaux-forts du XIVe et XVe siècles tout en ayant perdu leur fonction strictement militaire au profit d'un rôle de représentation seigneuriale. À l'opposé, les angles est du bâtiment arborent des échauguettes en encorbellement portées sur des culs-de-lampe sculptés, dispositif caractéristique de l'architecture de la fin du XVe siècle qui préfigure la fantaisie décorative de la Renaissance. L'élément le plus remarquable demeure la tour octogonale faisant saillie sur la façade orientale : véritable signature architecturale du château, elle abrite un escalier à vis dont la forme polygonale — préférant l'octogone au cylindre — trahit l'influence des grandes réalisations royales de la Loire, de Blois à Amboise. Les matériaux employés sont vraisemblablement le tuffeau local, pierre blonde et tendre caractéristique de la Touraine, propice aux sculptures et aux moulures délicates. L'aile du XVIIe siècle, construite en retour d'équerre contre la façade est, témoigne d'un souci de confort domestique accru et d'une adaptation des volumes aux usages nobiliaires de l'époque classique, sans rupture brutale avec l'ensemble médiéval et Renaissance qui la précède.


