Château de Troussay
Joyau solognot du XVe siècle métamorphosé au XIXe par l'archéologue Louis de La Saussaye, Troussay renferme des trésors sauvés de la destruction : vitraux Renaissance, chapiteaux sculptés et boiseries exceptionnelles.
Histoire
Niché à l'orée de la Sologne, à trois kilomètres à peine du château de Cheverny et à quinze kilomètres au sud de Blois, le château de Troussay se présente comme l'archétype discret de la demeure seigneuriale ligérienne. Sa silhouette modeste, ses toits d'ardoise et ses murs de tuffeau ivoire dissimulent pourtant l'un des ensembles décoratifs les plus singuliers du Val de Loire — un véritable musée de plein air né de la passion d'un homme. Ce qui distingue Troussay de toutes ses voisines, c'est l'intelligence de son histoire. Le château n'est pas simplement un bel édifice : il est le testament bâti d'un érudit du XIXe siècle, Louis de La Saussaye, qui arracha aux démolisseurs d'innombrables fragments d'architecture et d'art pour les réintégrer dans sa demeure. Vitraux civils attribués aux hôtels Guise et Sardini de Blois, boiseries gothiques et Renaissance issues de maisons rasées, sculpture remarquable de l'hôtel Hurault de Cheverny, porte et chapiteau provenant de la chapelle du château d'Onzain : chaque recoin de Troussay raconte une époque sauvée de l'oubli. La visite déroule une expérience intime et savante, loin des foules qui envahissent Chambord ou Chenonceau. Le visiteur déambule dans des salles où le mobilier d'époque côtoie des éléments architecturaux de provenances multiples, assemblés avec une cohérence étonnante par l'architecte Jules de La Morandière. On prend le temps d'observer, de lire les détails, de comprendre la démarche de conservation patrimoniale avant l'heure. Le cadre extérieur achève de séduire : la cour en U, fermée par un muret au sud, ouvre sur un parc discret planté d'essences anciennes. Les dépendances en briques et tuffeau complètent harmonieusement l'ensemble, offrant aux photographes des perspectives élégantes et mesurées, sans ostentation. Troussay est le château des connaisseurs, de ceux qui savent que la grandeur n'est pas toujours affaire de dimensions.
Architecture
Troussay s'inscrit dans la tradition du petit château solognot de la fin du Moyen Âge : un logis principal disposé en fond de cour, flanqué de deux ailes de dépendances formant un U, le tout fermé au sud par un muret bas. Cet ordonnancement sobre et fonctionnel, implanté sur un quadrilatère régulier correspondant vraisemblablement à une ancienne plate-forme fossoyée, témoigne d'une conception défensive résiduelle propre aux manoirs ruraux du XVe siècle. Le logis lui-même mêle les apports des différentes campagnes de construction : les volumes massifs et les toitures à forte pente héritent du gothique tardif, tandis que les lucarnes sculptées, les fenêtres à meneaux et certains décors en bas-relief trahissent l'influence de la Renaissance ligérienne du XVIe siècle. La restauration du troisième quart du XIXe siècle, menée par Jules de La Morandière dans un esprit directement inspiré du château de Blois, a homogénéisé l'ensemble sans gommer ces stratifications chronologiques, lui conférant cette cohérence stylistique entre gothique finissant et première Renaissance française. L'intérieur constitue le véritable trésor de Troussay. Les vitraux civils du XVIe siècle, aux armoiries des familles Guise et Sardini, illuminent les pièces d'une lumière colorée rare. Les boiseries gothiques et Renaissance, les cheminées monumentales et, surtout, le chapiteau et la porte sculptée issus du château d'Onzain — chef-d'œuvre de la menuiserie Renaissance attribué à des artistes formés sur le grand chantier royal de Bury — font de chaque salle un cabinet de curiosités architectural, où la beauté des fragments rescapés rivalise avec la qualité de leur mise en scène.
Personnages liés
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