
Château
Élevé en 1715 pour un grand tourangeau, le château de Civray-de-Touraine révèle l'élégance classique de la Régence, avec ses plans attribués à Germain Boffrand et son parc paysager en terrasses dominant la vallée.

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Histoire
Niché à l'est du bourg de Civray-de-Touraine, aux confins du val de Cher, le château de Civray s'impose comme l'un des témoins les plus raffinés de l'architecture de la Régence en Touraine. Élevé au tournant du XVIIIe siècle sur les bases d'un édifice plus ancien, il incarne la synthèse entre rigueur classique et grâce nouvelle qui caractérise la transition entre le Grand Siècle et les Lumières. Sa façade ordonnancée, ses proportions mesurées et son inscription dans un domaine de quatre hectares clos de murs en font un exemple particulièrement accompli du château de plaisance à la française. Ce qui distingue Civray de bien d'autres demeures tourangelles, c'est sa genèse architecturale : les plans seraient issus du carnet de Germain Boffrand, l'un des architectes les plus inventifs de son temps, conçus à l'origine pour le premier projet du château de Montgeoffroy, en Anjou voisin. Civray porterait donc en creux l'empreinte d'un grand maître, dans une version singulière et raisonnée, adaptée aux ambitions d'un notable tourangeau. La composition du domaine offre une promenade d'une rare cohérence. Depuis l'entrée nord, un jardin régulier aux parterres géométriques prépare l'approche du corps de logis, avant que le regard ne bascule vers le sud sur deux terrasses successives dominant un parc paysager d'esprit romantique, arrêté en contrebas par le talus de la voie ferrée. Cette progression du formel à l'informel, du minéral au végétal, condense deux siècles de goût pour les jardins. Dans le parc, une crypte abrite discrètement le caveau familial, ajoutant une note mélancolique à la promenade. L'angle nord-est du domaine réserve une surprise : la cour des communs, datée de 1635, antérieure au château actuel, rappelle qu'une vie seigneuriale s'organisait ici bien avant la grande campagne de construction du XVIIIe siècle. Ces bâtiments de service, sobres et fonctionnels, forment un contrepoint éloquent à l'élégance du logis principal.
Architecture
Le château de Civray-de-Touraine s'inscrit dans le courant du classicisme français tardif, teinté des premières inflexions de la Régence qui allègent les volumes et assouplissent les ordonnances héritées du Grand Siècle. Le corps de logis principal, orienté selon un axe nord-sud, présente une composition symétrique caractéristique de la tradition française : un avant-corps central légèrement saillant, couronné d'un toit à la Mansart ou d'un fronton discret, encadré par des travées régulières et complété, depuis la Restauration, par deux petits pavillons en retour qui équilibrent la silhouette d'ensemble. Les matériaux employés sont ceux de la Touraine calcaire : la pierre de tuffeau, dorée et facilement sculptée, associée à des couvertures en ardoise sombre qui créent ce contraste lumineux si caractéristique des demeures du val de Loire. L'organisation du domaine révèle une maîtrise consommée de la composition paysagère à la française. Au nord, la cour d'honneur est précédée d'un jardin régulier dont les parterres géométriques soulignent la perspective axiale vers le château. Au sud, la transition vers le parc paysager s'opère par deux terrasses successives, probablement scandées de balustrades en pierre, qui ménagent des vues plongeantes sur le parc romantique en contrebas. Ce dispositif en gradins, fréquent dans les demeures tourangelles, évoque une parenté avec les grandes compositions de la seconde moitié du XVIIe siècle. La crypte familiale, implantée dans le parc, constitue un élément architectural discret mais chargé de sens, témoignant de l'attachement des propriétaires à leur domaine. Les communs de 1635, dans l'angle nord-est, forment un ensemble cohérent de bâtiments de service en pierre, représentatif de l'architecture utilitaire du premier XVIIe siècle tourangeau.


