
Château
Joyau Renaissance rescapé d'une destruction ordonnée par Richelieu, Champigny-sur-Veude abrite une chapelle aux vitraux du XVIe siècle parmi les plus beaux de France, miraculeusement épargnée grâce à l'intervention du pape Urbain VIII.

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Histoire
Au cœur de la Touraine, là où la Veude trace son sillon tranquille, surgissent les vestiges d'un château qui fut l'un des plus fastueux de la Renaissance française. Champigny-sur-Veude ne livre aujourd'hui que ses communs et sa chapelle Sainte-Chapelle, mais ce fragment suffit à mesurer l'ambition titanesque de ses bâtisseurs. C'est précisément cette magnificence qui causa la perte du château principal : il rivalisait trop ouvertement avec Richelieu, la demeure que le cardinal-ministre faisait ériger à quelques lieues de là. Ce qui subsiste est pourtant d'une richesse saisissante. Les communs, articulés en équerre autour de l'ancienne basse-cour, déploient une architecture Renaissance d'une cohérence remarquable : pavillon central en saillie, tours cylindriques coiffées de coupoles à lanternons, fenêtres à meneaux rythmant les façades de pierre blonde. Loin d'être de simples dépendances, ces bâtiments révèlent le soin extrême apporté à chaque détail de l'ensemble castral. Mais le trésor absolu de Champigny-sur-Veude demeure sa chapelle, achevée vers 1540. Protégée de la démolition par l'autorité pontificale elle-même, elle conserve un ensemble de vitraux du XVIe siècle d'une qualité et d'une cohérence exceptionnelles, véritables enluminures de lumière retraçant la vie de saint Louis et glorifiant la maison de Bourbon-Montpensier. Nulle part ailleurs en Touraine on ne trouve une telle concentration de vitraux Renaissance dans leur état et leur contexte d'origine. La visite de Champigny-sur-Veude est une expérience à rebours : contempler un chef-d'œuvre que l'histoire a failli effacer, lire dans la pierre et le verre coloré l'orgueil d'une grande famille princière, et comprendre comment un homme d'Église venu de Rome a, par son seul refus, sauvé l'un des fleurons de l'art français. Le cadre, bucolique et préservé, renforce ce sentiment d'une parenthèse hors du temps.
Architecture
L'architecture de Champigny-sur-Veude s'inscrit pleinement dans la Renaissance française de la première moitié du XVIe siècle, ce courant qui digère l'apport italien tout en conservant une monumentalité et une verticalité profondément françaises. Les communs subsistants, datés vers 1545 grâce à une clef de voûte des écuries, forment trois corps de bâtiments organisés en équerre autour de l'ancienne basse-cour. Le corps central se distingue par deux niveaux d'élévation et un pavillon médian surélevé, en saillie sur la façade, flanqué à chaque extrémité de tours cylindriques coiffées de toits en coupole surmontés d'un lanternon — dispositif caractéristique de la Renaissance ligérienne, qui mêle verticalité gothique et vocabulaire décoratif antique. La chapelle Sainte-Chapelle, achevée vers 1540, constitue le sommet architectural du site. Son porche, daté de 1549 par une inscription intérieure et attribué à la campagne de travaux analysée par l'historien J. Guillaume, s'inscrit dans la continuité des chantiers de l'avant-cour. L'intérieur de la chapelle déploie une architecture gothique flamboyant tardif, aux voûtes nervurées d'une grande finesse, qui sert d'écrin à un ensemble de vitraux Renaissance exceptionnel. Ces verrières, organisées sur plusieurs registres, représentent des scènes de la vie de saint Louis, des portraits de membres de la maison de Bourbon-Montpensier en prière, et des compositions à l'antique d'une grande sophistication chromatique et compositionnelle. Leur conservation, leur cohérence d'ensemble et leur qualité d'exécution en font un document irremplaçable pour l'histoire de l'art du vitrail au XVIe siècle en France.


