Château
Suspendu entre roc et ciel dans la vallée du Célé, le château de Cabrerets déploie ses deux ailes en V et ses tours Renaissance au-dessus des eaux émeraude du Lot, entre falaises et cavernes préhistoriques.
Histoire
Accroché à la falaise calcaire qui domine la confluence du Célé et du Saut de la Mounine, le château de Cabrerets est l'un des monuments les plus spectaculaires du Quercy. Son plan en V, rare dans l'architecture castrale française, lui confère une silhouette singulière que l'on perçoit depuis la route en contrebas comme une apparition surgissant de la roche même. Les deux ailes qui se rejoignent autour d'une grosse tour méridionale semblent avoir été taillées dans la falaise plutôt que posées sur elle, tant l'édifice épouse naturellement la topographie abrupte du site. Ce qui rend le château de Cabrerets véritablement unique, c'est la superposition de ses temporalités architecturales. Le visiteur attentif peut y lire, comme sur un palimpseste de pierre, les ambitions d'une famille noble du XVIe siècle interrompues par le fracas des guerres de Religion, puis reprises avec une élégance renouvelée au siècle suivant. La façade occidentale, avec ses fenêtres moulurées à l'antique, dialogue avec la terrasse à balustres sur arcades qui habille l'aile orientale d'un raffinement tout classique. Deux époques, deux esthétiques, une harmonie étonnante. À l'intérieur, les salles de l'aile ouest abritent plusieurs cheminées monumentales dont la majesté témoigne du faste des demeures seigneuriales quercynoises. La salle à manger conserve deux toiles peintes du XVIIe siècle représentant des scènes de chasse au faucon et de chasse à courre, évocations aristocratiques d'un monde révolu. La charpente en carène de l'aile est, véritable prouesse technique, rappelle les coques de navires inversées que l'on retrouve dans les grandes salles médiévales. Le cadre naturel amplifie encore l'enchantement. La vallée du Célé, l'un des joyaux du Parc Naturel Régional des Causses du Quercy, enveloppe le château d'une végétation méditerranéenne et de falaises dorées. À quelques centaines de mètres, la grotte de Pech Merle et ses peintures préhistoriques vieilles de vingt-cinq mille ans rappellent que ce territoire fut habité bien avant que quiconque ne songeât à y bâtir une forteresse. Le château de Cabrerets est une destination pour les curieux de patrimoine qui souhaitent fuir les foules des grands sites touristiques. Ici, le silence est presque complet, les panoramas sur la rivière sont à couper le souffle, et chaque pierre raconte une histoire que l'on a l'impression de découvrir pour la première fois.
Architecture
Le château de Cabrerets adopte un plan en V ouvert vers le nord, formé par deux ailes qui se rejoignent à angle aigu autour de la grosse tour méridionale. Ce dispositif, dicté autant par la topographie de la falaise que par des choix défensifs délibérés, crée une silhouette asymétrique et dynamique, très éloignée des plans carrés ou rectangulaires des châteaux contemporains. La tour nord-ouest, dotée d'un escalier hélicoïdal logé dans l'épaisseur de ses murs, devait à l'origine être reliée à la tour sud par une courtine et un chemin de ronde qui ne furent jamais achevés. La façade occidentale est la plus ancienne et la plus lisible historiquement. Ses fenêtres moulurées à crossettes ou à accolades témoignent d'un vocabulaire décoratif des XVe et XVIe siècles, tandis que les baies septentrionales, d'un classicisme plus affirmé, appartiennent à la campagne du XVIIe siècle. La limite d'appareil visible aux deux tiers de cette façade est un document architectural exceptionnel, visible à l'œil nu, qui matérialise l'interruption des travaux causée par les guerres de Religion. L'aile est, plus tardive, présente quant à elle une terrasse à balustres sur arcades d'esprit classique, évoquant les loggias italiennes qui commençaient à s'acclimater en France dans la première moitié du XVIIe siècle. À l'intérieur, les salles de l'aile ouest conservent plusieurs cheminées monumentales à manteau sculpté, caractéristiques de l'architecture résidentielle quercynoise des XVIe et XVIIe siècles. La charpente en carène de l'aile est, dont la structure rappelle la coque retournée d'un navire, constitue l'élément technique le plus remarquable de l'édifice. Deux toiles peintes du XVIIe siècle à thèmes cynégétiques ornent la salle à manger, achevant de donner à ces espaces l'atmosphère d'une résidence aristocratique du Grand Siècle.


