Chapelle Sainte-Anne-de-Goiron (également sur commune de La-Roque-d'Anthéron)
Aux confins de Lambesc et de La-Roque-d'Anthéron, la chapelle Sainte-Anne-de-Goiron dresse ses pierres romanes depuis le XIe siècle, joyau discret de la Provence intérieure classé Monument Historique.
Histoire
Nichée dans le paysage vallonné qui sépare Lambesc de La-Roque-d'Anthéron, la chapelle Sainte-Anne-de-Goiron appartient à cette famille de petits sanctuaires ruraux qui constituent l'une des grandes richesses du patrimoine provençal médiéval. Loin de l'agitation des grandes routes touristiques, elle se découvre au bout d'un chemin que la garrigue effleure, offrant au visiteur ce sentiment rare d'atteindre un lieu préservé, encore habité par des siècles de prière silencieuse. Ce qui distingue Sainte-Anne-de-Goiron, c'est son double ancrage chronologique : une première assise romane du XIe siècle, sobre et ramassée, à laquelle le XIIIe siècle a conféré une élévation gothique méridionale. Ce dialogue entre deux âges de pierre est lisible dans les maçonneries mêmes, où l'appareillage soigné des blocs de calcaire local révèle deux campagnes de construction que l'œil exercé distingue sans peine. L'expérience de visite est celle d'une rencontre intime avec le sacré rural provençal. À l'intérieur, l'espace est étroit et recueilli, baigné d'une lumière filtrée qui donne aux pierres dorées une chaleur particulière aux heures de l'après-midi. La dédicace à sainte Anne, mère de la Vierge, rappelle l'importance des cultes mariaux en Provence, où les chapelles champêtres étaient des lieux de pèlerinage agraire autant que de dévotion populaire. Le cadre naturel participe pleinement à la magie du lieu. Entre garrigues et oliveraies, à quelques kilomètres des rives de la Durance, Sainte-Anne-de-Goiron s'inscrit dans un paysage que Cézanne n'aurait pas renié — lumières dures du mistral, ocres et verts sombres des pins, silence ponctué par le chant des cigales. Sa classification au titre des Monuments Historiques en 1970 vient consacrer une valeur patrimoniale que les habitants de la région ont toujours su reconnaître.
Architecture
La chapelle Sainte-Anne-de-Goiron illustre avec fidélité les caractéristiques de l'architecture romane provençale du XIe siècle dans sa première phase, puis les apports du gothique méridional lors de son extension au XIIIe siècle. Le plan est celui d'une nef unique, de proportion allongée, terminée par une abside semi-circulaire orientée à l'est selon la tradition liturgique — configuration typique des chapelles rurales de la plaine de la Durance. Les matériaux sont ceux que la Provence offre à profusion : le calcaire local, extrait de carrières proches, taillé en blocs réguliers d'appareil moyen. Les murs, épais d'environ un mètre, assurent une fraîcheur intérieure qui contraste agréablement avec la chaleur estivale. La façade occidentale, sobre et austère, s'ouvre par un portail en plein cintre hérité de la campagne romane primitive, dont les claveaux soigneusement appareillés témoignent du savoir-faire des maçons locaux. La toiture, à deux pentes, est couverte de lauzes calcaires ou de tuiles canal provençales, selon la pratique courante dans les Bouches-du-Rhône. À l'intérieur, la nef est couverte d'un berceau en plein cintre légèrement brisé — évolution caractéristique de la transition entre roman et gothique méridional — renforcé de doubleaux retombant sur des pilastres à impostes. L'abside, plus ancienne, conserve son cul-de-four roman baigné d'une lumière orientale douce. Des modillons sculptés et des chapiteaux aux motifs végétaux stylisés ponctuent la transition entre les deux campagnes de construction, offrant aux amateurs de sculpture médiévale quelques détails d'une grande finesse.


