Au cœur du pays de Faouët, la chapelle Saint-Sébastien déploie ses frontons gothiques élancés et ses sablières sculptées d'une audace inouïe — dont la célèbre frise du diable menant les paysans en danse.
Nichée dans le bocage du Morbihan, à quelques lieues du bourg du Faouët, la chapelle Saint-Sébastien s'impose comme l'un des joyaux méconnus de l'art religieux breton. Construite aux XVIe et XVIIe siècles dans une veine gothique flamboyante teintée de renaissance locale, elle surprend par la qualité et l'inventivité de ses ornements, aussi soignés que ceux des grandes chapelles ducales de la région. Ce qui rend Saint-Sébastien véritablement unique, c'est la liberté iconographique de ses sculpteurs. Là où d'autres édifices se cantonnent à une imagerie conventionnelle, les artisans qui ont taillé les sablières intérieures ont laissé libre cours à une fantaisie populaire saisissante : animaux hybrides, scènes paysannes, anges espièges et armoiries nobles se côtoient dans un bestiaire foisonnant. La sablière dite « du diable » — où Satan en personne entraîne des paysans dans une ridée effrénée — est sans doute l'une des sculptures les plus singulières et les plus commentées de toute la Bretagne intérieure. La visite de l'intérieur révèle un chœur polygonal d'une belle élégance, orné de sculptures qui témoignent de la piété mais aussi de l'humour mordant des commanditaires locaux. Les portes latérales, encadrées d'accolades et de fleurons finement ciselés, invitent à une lecture minutieuse de chaque détail — à condition d'y consacrer le temps qu'ils méritent. Le cadre contribue à l'expérience : la chapelle se dresse dans un environnement rural préservé, loin de l'agitation touristique, entourée de vieux chênes et d'un calme presque médiéval. Photographes et amateurs d'architecture y trouveront une lumière intérieure douce, filtrée par des baies discrètes, idéale pour saisir la texture des bois sculptés. C'est le type de lieu que l'on découvre par hasard et dont on ne repart pas indemne.
La chapelle Saint-Sébastien adopte un plan en croix latine, forme classique des chapelles rurales bretonnes de la Renaissance, avec un chœur polygonal à plusieurs pans qui confère à l'abside une élégance caractéristique du gothique flamboyant régional. Les bras du transept et la nef centrale sont scandés par des bas-côtés ouverts sur l'extérieur par des portes ornées d'accolades et de fleurons sculptés — autant d'éléments décoratifs qui témoignent du savoir-faire des tailleurs de pierre morbihannais du XVIe siècle. Les frontons, particulièrement élancés, donnent à la silhouette extérieure une verticalité saisissante, accentuée par les clochetons et pinacles qui rythment les lignes de faîte. L'intérieur réserve les surprises les plus précieuses. Les sablières — ces pièces de bois horizontales qui courent à la base de la charpente et servent d'appui aux chevrons — ont été transformées par les sculpteurs en un véritable roman en images. La scène la plus célèbre représente le diable entraînant des paysans dans une ridée, danse traditionnelle bretonne en chaîne : une composition d'une vivacité et d'une liberté iconographique rares, qui mêle morale chrétienne et culture populaire avec un humour grinçant. D'autres sablières déploient des cortèges d'animaux, des scènes de chasse, des figures d'anges et des écus armoriés, formant un encyclopédie sculptée de la vie et des croyances de l'époque. Le chœur accueille également des sculptures en ronde-bosse ou en relief, complétant ce programme décoratif d'une cohérence et d'une richesse remarquables pour une chapelle de dévotion rurale.
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Le Faouët
Bretagne