Nichée dans le Trégor breton, la chapelle Saint-Nicodème de Lannion déploie son architecture gothique flamboyant du XVe siècle, avec ses pinacles de granite et son porche sculpté d'une rare délicatesse. Un joyau discret inscrit aux Monuments Historiques.
Au cœur du pays de Lannion, dans ce Trégor qui fut l'un des foyers les plus actifs de la dévotion populaire bretonne, la chapelle Saint-Nicodème s'impose comme l'un de ces édifices intimes dont la Bretagne a le secret : modeste en apparence, mais d'une richesse ornementale qui ne se révèle qu'à ceux qui savent regarder. Dédiée à Nicodème, ce personnage évangélique qui assista à la mise au tombeau du Christ, la chapelle entretient avec la liturgie de la mort et de la résurrection un lien théologique profond, caractéristique de la piété bretonne médiévale. Ce qui distingue véritablement Saint-Nicodème des nombreuses chapelles rurales du Trégor, c'est la qualité de son appareil de granite local, taillé avec une précision remarquable par des maîtres maçons bretons du XVe siècle. Les façades révèlent les caractéristiques du gothique flamboyant tardif tel qu'il s'est développé en Armorique : fenêtres à remplages géométriques, contreforts à larmiers, gargouilles sobrement sculptées qui confèrent à l'ensemble une silhouette à la fois austère et vivante. L'intérieur offre au visiteur une atmosphère de recueillement rare. La lumière filtrée par les baies de la nef crée une pénombre dorée qui met en valeur les volumes épurés de la voûte. Solitaire dans son cadre de verdure, la chapelle invite à une halte contemplative loin de l'agitation du centre-ville de Lannion, pourtant tout proche. C'est l'expérience d'un temps suspendu, celle que recherchent aussi bien les passionnés de patrimoine que les promeneurs en quête de sérénité. Le cadre végétal qui entoure l'édifice participe pleinement à son charme : les vieux arbres qui ombragent ses abords semblent monter la garde depuis des siècles, renforçant l'impression d'un lieu préservé des outrages du temps. Photographes et aquarellistes ont depuis longtemps élu ce site parmi leurs spots favoris du Trégor.
La chapelle Saint-Nicodème appartient au vocabulaire du gothique breton tardif, ce style particulier qui s'est développé en Armorique entre le XIVe et le XVIe siècle et qui se distingue du gothique continental par son usage systématique du granite, matériau omniprésent dans le Trégor, et par une ornementation à la fois sobre et soignée. Le plan, de type rectangle allongé avec une abside polygonale, est caractéristique des chapelles rurales bretonnes de cette époque. Extérieurement, les murs de granite gris-bleu du Trégor présentent un appareil régulier de belle facture. Les contreforts plats à larmiers scandent les façades latérales, tandis que les fenêtres à remplages en tiers-point diffusent une lumière tamisée dans la nef. Le pignon occidental, peut-être percé d'une rose ou d'une baie trilobée aujourd'hui partiellement remaniée, était probablement couronné d'une cloche-turion ou d'un petit campanile de pierre, comme on en rencontre sur de nombreuses chapelles du Trégor. La toiture à deux versants, couverte d'ardoise, matériau traditionnel de la Basse-Bretagne, s'incline sur une charpente à fermettes bois. À l'intérieur, la nef unique à chevet polygonal développe une voûte en berceau brisé ou en lambris de bois peint, selon la pratique courante des petites chapelles bretonnes du XVe siècle qui ne disposaient pas toujours des moyens de financer une voûte de pierre appareillée. Les murs intérieurs ont pu conserver des vestiges de polychromie ou d'enduits peints, dont certains fragments peuvent subsister sous les badigeons ultérieurs, constituant un chantier de restauration potentiel pour les spécialistes du patrimoine.
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