Joyau roman-gothique du pays breton, la chapelle Saint-Lubin de Plémet déploie ses doubles pignons caractéristiques et abrite une charpente sculptée ainsi que deux vitraux du XVIe siècle d'une rare délicatesse.
Nichée dans la commune de Plémet, au cœur des Côtes-d'Armor, la chapelle Saint-Lubin est l'un de ces édifices discrets qui condensent des siècles d'art breton dans leurs pierres. Son architecture hybride, à mi-chemin entre le roman et le gothique, témoigne d'une longue gestation médiévale au cours de laquelle chaque génération de bâtisseurs a ajouté sa propre empreinte, sans jamais rompre l'harmonie de l'ensemble. Ce qui rend Saint-Lubin véritablement singulier, c'est la combinaison de sa tour d'angle — élément défensif et signal dans le paysage bocager — et de son bas-côté nord formant doubles pignons. Cette disposition, typiquement bretonne, rappelle que les chapelles de campagne armoricaines obéissaient à des codes architecturaux propres, bien distincts des grandes cathédrales gothiques du domaine royal. Ici, l'architecture parle le patois de la pierre locale. L'intérieur réserve des surprises aux visiteurs attentifs. La charpente médiévale, conservée dans un remarquable état, révèle sur ses entraits et sa sablière un programme sculpté de motifs végétaux, de têtes grotesques et de figures symboliques. Ces sculptures, trop souvent négligées au profit des œuvres peintes ou sculptées au sol, constituent un véritable musée suspendu au-dessus des fidèles. Deux vitraux du XVIe siècle, probablement issus d'ateliers rennais ou quimpérois, y distillent une lumière colorée d'une grande intensité, tandis qu'une grisaille du XVIIe siècle témoigne du renouvellement des arts du verre à l'époque moderne. Le calvaire qui jouxte la chapelle complète admirablement l'ensemble. Comme dans toute la Bretagne intérieure, le calvaire n'est pas un simple ornement funéraire : il structure l'espace sacré du pardon, procession annuelle qui rassemblait jadis les paroissiens des villages alentour autour de leur saint patron. Visiter Saint-Lubin, c'est donc entrer dans un espace de dévotion populaire vivant, où la pierre, le bois et le verre racontent ensemble huit siècles de foi rurale bretonne.
La chapelle Saint-Lubin offre un plan caractéristique des édifices de transition romano-gothique : une nef principale prolongée d'un chœur légèrement surélevé, flanquée d'un bas-côté nord qui génère, côté extérieur, une succession de doubles pignons très reconnaissables. Cette silhouette dentelée, propre aux chapelles bretonnes des XIVe et XVe siècles, crée un rythme visuel particulier sur les élévations, rompant avec la monotonie des façades à une seule pente. La tour d'angle, implantée à la jonction de la nef et du chœur, s'élève en une légère saillie qui structure l'ensemble et signale l'édifice dans le bocage environnant. Les murs, probablement en granite ou en schiste local selon les ressources extractives du sous-sol de Plémet, présentent l'appareillage soigné mais sans ostentation des constructions rurales médiévales bretonnes. Les baies, mêlant quelques ouvertures en plein cintre héritées du roman à des lancettes et réseaux gothiques, illustrent les différentes phases de construction. À l'intérieur, la charpente lambrissée constitue le clou de la visite : ses entraits sculptés de motifs végétaux ou figuratifs, ainsi que la sablière courant le long des murs, forment un ensemble décoratif d'une qualité remarquable pour un édifice rural. Les deux vitraux du XVIe siècle, aux couleurs profondes, et la grisaille du XVIIe siècle complètent un intérieur d'une cohérence artistique réelle.
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