
Chapelle Saint-Lazare
Discrète perle du premier XVIe siècle, la chapelle Saint-Lazare de Boiscommun dévoile un gothique flamboyant tardif aux nervures élégantes, témoignage rare de la piété solognote à l'aube de la Renaissance.

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Histoire
Nichée au cœur de Boiscommun, petite cité du Gâtinais orléanais que les rois de France traversèrent plus d'une fois, la chapelle Saint-Lazare constitue un joyau architectural discret du premier quart du XVIe siècle. Inscrite aux Monuments Historiques dès 1929, elle incarne cette période charnière où le gothique flamboyant, encore vigoureux en val de Loire, commence tout juste à infléchir ses lignes sous le souffle de la Renaissance naissante. Ce qui rend la chapelle véritablement singulière, c'est son association avec la dévotion à saint Lazare, patron des lépreux et des pauvres. Sa fondation s'inscrit vraisemblablement dans la tradition des chapelleries hospitalières ou confraternelles, fréquentes dans les bourgs-marchés du Gâtinais où la charité chrétienne s'institutionnalisait volontiers sous forme de fondations pieuses. On imagine aisément, au détour d'une voûte en étoile ou d'un cul-de-lampe finement sculpté, la main de tailleurs de pierre locaux façonnés aux chantiers de la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans. La visite offre une expérience d'une rare intimité : les dimensions modestes de l'édifice permettent une lecture directe et sensible de chaque détail sculpté, de chaque moulure qui court le long des piliers. Le silence du lieu invite à la contemplation, loin de l'agitation touristique. Photographes et amateurs d'architecture gothique tardive y trouveront matière à de nombreux clichés, notamment dans le traitement des baies et des contreforts. Le cadre de Boiscommun lui-même renforce le charme de la visite. La cité conserve des traces de son passé médiéval — remparts partiels, trame urbaine resserrée — qui prolongent naturellement la découverte de la chapelle dans un contexte historique cohérent. La plaine du Gâtinais, vaste et lumineuse, baigne l'ensemble d'une lumière douce propice à la flânerie.
Architecture
La chapelle Saint-Lazare s'inscrit dans le registre du gothique flamboyant tardif, style dominant en Île-de-France et en val de Loire au tout début du XVIe siècle, avant que l'influence italienne ne vienne progressivement transformer le vocabulaire ornemental. L'édifice présente vraisemblablement un plan simple à nef unique, caractéristique des chapelles rurales et urbaines de cette période, parfois agrémenté d'un chevet polygonal à pans coupés qui allège l'extrémité orientale. Extérieurement, les contreforts à larmiers moulurés, les fenêtres à réseau flamboyant avec leurs soufflets et mouchettes, ainsi que le portail à arc en accolade ou en anse de panier trahissent la main de maçons formés dans la tradition gothique de la Loire. Les matériaux employés sont probablement le calcaire tufeau, pierre blonde et tendre typique du val de Loire, facile à travailler et propice aux sculptures fines, ainsi que la pierre calcaire du Gâtinais pour les parties structurelles. À l'intérieur, les voûtes sur croisées d'ogives, peut-être enrichies de liernes et tiercerons formant des étoiles, constituent le principal intérêt architectural. Les culs-de-lampe soutenant les départs de nervures sont traditionnellement ornés de têtes sculptées ou de motifs végétaux — feuilles de chêne, choux frisés — caractéristiques de l'atelier orléanais du début du XVIe siècle. Des traces de polychromie peinte ont pu exister sur les enduits intérieurs, rehaussant clés de voûte et chapiteaux d'ocre, de bleu et de rouge.


