Chapelle Saint-Blaise (ancienne)
Nichée dans les Alpilles, cette chapelle romane du XIIe siècle veille sur les Baux-de-Provence depuis neuf cents ans. Aujourd'hui écrin du Musée Yves Brayer, elle unit art sacré et peinture contemporaine avec une grâce saisissante.
Histoire
Au cœur du village perché des Baux-de-Provence, l'ancienne chapelle Saint-Blaise se dresse comme un témoin de pierre de l'âge roman provençal. Sobrement taillée dans le calcaire lumineux des Alpilles, elle incarne à la perfection cette architecture du dépouillement qui caractérise les édifices religieux du Midi médiéval : pas d'ornement superflu, mais une puissance tranquille que seule la matière et la proportion savent conférer. Ce qui rend ce monument véritablement singulier, c'est la double vie qu'il mène depuis plusieurs décennies. Consacrée à saint Blaise, patron des cardeurs de laine — activité économique majeure des Baux au Moyen Âge —, la chapelle abrite aujourd'hui un musée dédié au peintre Yves Brayer (1907-1990), qui fit de la Provence le territoire de toute son œuvre. Les toiles colorées et lumineuses de Brayer dialoguent avec les murs anciens dans un mariage aussi inattendu qu'émouvant. L'expérience de visite commence dès le seuil : la fraîcheur intérieure, la semi-obscurité ponctuée par la lumière filtrée des fenêtres en plein cintre, l'odeur de la vieille pierre — tout concourt à un saisissement presque physique. On passe d'un siècle à l'autre en quelques pas, de la spiritualité médiévale à la joie chromatique du XXe siècle, sans que la transition paraisse forcée. Le cadre extérieur parachève l'enchantement. Les ruelles calcaires des Baux, les vestiges du château fort au-dessus, la lumière rasante du soir qui embrase les façades ocre — la chapelle Saint-Blaise appartient à l'un des plus beaux villages de France, et elle en est l'une des âmes les plus discrètes et les plus authentiques. Un lieu pour s'attarder, loin des circuits balisés.
Architecture
L'ancienne chapelle Saint-Blaise appartient au style roman provençal dans sa forme la plus épurée, tel qu'il s'est développé dans la région entre le XIe et le XIIIe siècle, sous l'influence des grands chantiers abbatiaux de Saint-Gilles et de Montmajour. Le plan est simple : une nef unique, sans transept, couverte d'une voûte en berceau brisé légèrement outrepassée, typique de la transition entre roman pur et proto-gothique méridional. Les murs, taillés dans le calcaire blanc des Alpilles, présentent un appareil régulier de moellons soigneusement équarris, révélant le savoir-faire des tailleurs de pierre provençaux. L'extérieur se distingue par sa rigueur et sa compacité : un chevet plat ou légèrement arrondi, des fenêtres étroites en plein cintre percées avec parcimonie pour préserver la solidité structurelle, et un clocher-mur ou un petit campanile discret à l'ouest. La porte d'entrée, encadrée d'un simple cordon mouluré, témoigne de l'ascèse décorative chère aux bâtisseurs romans du Midi, qui préféraient la pureté du volume à la profusion sculptée. À l'intérieur, l'espace unique de la nef, de dimensions modestes — vraisemblablement une dizaine de mètres de longueur pour quatre à cinq mètres de largeur —, crée une atmosphère de recueillement particulièrement propice à la contemplation des œuvres d'Yves Brayer qui y sont exposées. La lumière naturelle, filtrée par les fenêtres en plein cintre, baigne les murs de calcaire d'une clarté dorée caractéristique des journées provençales, faisant de cet intérieur un écrin naturel pour la peinture.


