Chapelle Notre-Dame du Mouret
Vestige discret d'un prieuré médiéval, la chapelle Notre-Dame du Mouret dévoile à Terrasson-Lavilledieu un portail roman à trois rouleaux remanié sur trois siècles, où se lisent comme un palimpseste toutes les évolutions du Périgord médiéval.
Histoire
Nichée dans le paysage vallonné du Périgord Noir, la chapelle Notre-Dame du Mouret est l'un de ces édifices discrets qui recèlent, sous leur apparente simplicité, une extraordinaire densité historique. Seul vestige tangible d'un prieuré aujourd'hui disparu, elle incarne à elle seule plusieurs siècles d'architecture religieuse rurale, des derniers feux du roman aux premières audaces de la Renaissance. Son inscription aux Monuments Historiques en 2001 est la reconnaissance tardive mais méritée d'un bâtiment que le temps a modelé avec une patience remarquable. Ce qui rend Notre-Dame du Mouret véritablement unique, c'est son portail occidental : véritable stratification architecturale, il constitue un document rare sur les pratiques de construction et de réemploi dans la Dordogne médiévale. Les chapiteaux romans initialement taillés au XIIe siècle y côtoient une reconstruction gothique et un décor sculpté du XVIe siècle sur le premier rouleau, le tout formant un ensemble hétéroclite mais cohérent, témoignage vivant des générations qui se sont succédé pour entretenir et embellir ce lieu de prière. La visite de la chapelle offre une expérience intimiste, loin des foules qui envahissent les grands sites périgordins. La façade ouest, avec son petit clocher-mur à une baie et l'enfeu qui flanque le portail, invite à une lecture lente, presque archéologique. À l'intérieur, la nef unique à chevet plat déploie une sobriété toute monastique, où le silence et la lumière filtrant par les baies étroites créent une atmosphère propice au recueillement et à la contemplation. Le cadre naturel du Périgord Noir, avec ses chênes et ses causses calcaires, amplifie le charme de cet édifice. Terrasson-Lavilledieu, bourg médiéval au bord de la Vézère, offre un contexte patrimonial et paysager qui enrichit considérablement la visite de la chapelle, à combiner idéalement avec la découverte des célèbres jardins de l'Imaginaire tout proches.
Architecture
La chapelle Notre-Dame du Mouret présente un plan rectangulaire d'une grande sobriété : une nef unique, sans collatéraux ni transept, se termine par un chevet plat, formule caractéristique des prieurés ruraux périgordins d'époque romane. La toiture, couverte d'ardoise, tranche légèrement avec les traditions locales du Périgord Noir qui privilégient plutôt la lauze calcaire, suggérant une réfection postérieure. Les murs sont vraisemblablement construits en moyen appareil de calcaire local, matériau universel du bâti périgourdin. La façade occidentale constitue la pièce maîtresse architecturale de l'édifice. Elle est couronnée d'un clocher-mur à une seule baie, élément à la fois fonctionnel et symbolique qui signale la présence de la chapelle dans le paysage. Le portail occidental à trois rouleaux est d'une richesse stratigraphique exceptionnelle : les chapiteaux romans du XIIe siècle, finement taillés selon le vocabulaire corinthisant propre à l'art roman périgourdin, ont été conservés et réemployés lors de la reconstruction gothique des XIVe-XVe siècles. Le premier rouleau du portail porte un décor sculpté du XVIe siècle aux motifs probablement végétaux ou géométriques d'influence Renaissance. À droite du portail, un enfeu — niche funéraire en plein cintre ou en arc brisé selon l'époque de son percement — rappelle la fonction sépulcrale de l'édifice pour ses protecteurs laïcs. L'intérieur de la nef, dans sa nudité monastique, devait être animé par des enduits peints ou des décors sculptés aujourd'hui disparus. L'éclairage naturel, limité par des baies étroites héritées de la tradition romane, baigne l'espace d'une lumière recueillie qui renforce le sentiment d'intimité spirituelle propre aux chapelles rurales de cette région.


