Née d'apparitions mariales vers 1660, cette chapelle bretonne du XVIIe siècle abrite un décor baroque saisissant et une fontaine de guérison, cœur vivant d'un pardon ancestral à la Pentecôte.
Nichée dans le hameau de Saint-Carré, à cinq kilomètres du bourg de Lanvellec, la chapelle Notre-Dame-de-Pitié se dresse comme un sanctuaire intime au creux du bocage des Côtes-d'Armor. Loin des grands circuits touristiques, elle appartient à cette Bretagne profonde où la pierre et la foi se confondent depuis des siècles, offrant au visiteur attentif une expérience d'une densité rare. Sa silhouette en croix latine, couronnée d'un clocher-mur élancé reconstruit au XIXe siècle, s'inscrit dans le paysage avec une sobre élégance toute bretonne. Le portail d'entrée ménage une surprise : une loggia abritant une statue de la Vierge s'ouvre au-dessus du seuil, comme une annonce du décor intérieur qui attend le visiteur. Ce dispositif architectural, à la fois fonctionnel et symbolique, confère à la façade une verticalité et une expressivité peu communes pour une chapelle rurale. L'intérieur déploie un programme décoratif du XVIIIe siècle d'une belle cohérence : retable sculpté, statues polychromes et voûte lambrissée aux entraits peints constituent un ensemble d'une grande qualité artisanale. La lumière filtrée par les baies étroites enveloppe ces œuvres d'une atmosphère recueillie, presque intemporelle, qui renforce le sentiment de pénétrer dans un espace hors du temps ordinaire. À l'extérieur, le placître — cette enceinte sacrée typiquement bretonne — délimite un espace de méditation et de rassemblement. Ses croix de pierre et son portail à échaliers participent de la liturgie du pèlerinage. Juste en dehors de l'enclos, la fontaine de dévotion érigée en 1700 complète ce dispositif spirituel : ses eaux, jadis réputées guérir le rachitisme et la mélancolie, continuent d'attirer les fidèles lors du pardon de la Pentecôte, l'une des célébrations mariales les plus vivaces du Trégor.
La chapelle Notre-Dame-de-Pitié présente un plan en croix latine orientée, à chevet plat, typique de l'architecture religieuse bretonne de la fin du XVIIe siècle. L'édifice se compose d'une nef unique, d'un transept bien marqué et d'un chœur que prolonge une sacristie rectangulaire. Cette disposition, héritée des traditions constructives de la Contre-Réforme, favorise la lisibilité de l'espace liturgique et oriente le regard vers le maître-autel. Le clocher-mur — forme caractéristique du Trégor et de la Cornouaille — surmonte la façade occidentale et abrite les cloches dans des baies en plein cintre. Il est percé à sa base par le portail d'entrée principal, couronné d'une loggia où trône une statue de la Vierge, donnant à la façade une composition verticale d'une belle expressivité. L'ensemble des maçonneries, en granite local comme il est d'usage dans cette partie des Côtes-d'Armor, confère au bâtiment sa teinte grise caractéristique, douce et austère à la fois. L'intérieur réserve une surprise décorative : si la structure est sobre, le XVIIIe siècle y a laissé un mobilier d'une réelle qualité. Le retable, les statues polychromes et l'ensemble du décor sculpté témoignent du savoir-faire des ateliers régionaux de cette époque, influencés par le style baroque tardif filtré à travers le goût breton. La voûte en lambris de bois, ornée de peintures sur les entraits exécutées en 1890, constitue un élément remarquable par sa rareté : ces décors peints en milieu rural, souvent disparus, ajoutent une dimension picturale précieuse à l'ensemble. Le monument s'inscrit dans un ensemble architectural et paysager plus large : le placître, enclos ceint d'un mur à échaliers avec portail et deux croix de pierre, structure l'espace sacré autour de la chapelle selon une tradition bretonne immémoriale. À l'extérieur de cet enclos, la fontaine de dévotion de 1700, de plan simple et de facture vernaculaire, complète ce dispositif en offrant un point focal supplémentaire à la dévotion populaire.
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