Nichée dans le bocage breton, cette chapelle gothique du XVe siècle étonne par ses portes ornées de choux frisés, ses fresques médiévales et sa charpente sculptée de masques énigmatiques.
Au cœur du pays de Montauban-de-Bretagne, la chapelle Notre-Dame-de-Lannelou surgit du bocage avec la discrétion des édifices que le temps a épargnés sans les mettre en scène. Classée Monument Historique depuis 1942, elle appartient à cette constellation de chapelles frairiennes bretonnes qui rythmaient autrefois la vie communautaire des paroisses rurales, lieux à la fois sacrés et rassembleurs, où fêtes votives et pèlerinages scandaient l'année liturgique. Ce qui distingue immédiatement Lannelou, c'est la superposition de deux temporalités architecturales lisibles à l'œil nu. Le chœur, plus ramassé et plus sobre, semble sourdre d'un passé antérieur à la grande campagne gothique du XVe siècle, comme si une construction romane plus ancienne avait été intégrée puis enveloppée par le nouvel édifice. Cette stratification, loin d'être un défaut, confère à la chapelle une profondeur historique rare pour un si modeste sanctuaire. Les portails constituent le véritable clou de la visite. Celui de la façade occidentale, en plein cintre couronné d'un arc brisé à plusieurs voussures, déploie une décoration d'une finesse inattendue : pinacles élancés, archivolte garnie de choux frisés — ces motifs végétaux exubérants si caractéristiques du gothique breton flamboyant. Une porte jumelle s'ouvre sur la façade sud, confirmant le soin particulier apporté à l'ornementation extérieure malgré les dimensions modestes de l'ensemble. À l'intérieur, l'atmosphère change radicalement. Les yeux remontent naturellement vers la charpente, où des tirants de bois aux têtes sculptées reposent sur des corbeaux ornés de masques humains — visages grimaçants ou pensifs dont le regard fixe le visiteur depuis six siècles. Sur les tympans des arcs brisés surmontant les autels, des vestiges de fresques médiévales résistent encore à l'usure du temps, témoins discrets d'un programme iconographique aujourd'hui incomplet mais toujours émouvant. La chapelle reste un lieu de pèlerinage vivant, ancré dans la mémoire collective du territoire. Photographes, amateurs d'art médiéval et promeneurs en quête d'authenticité y trouvent chacun leur récompense : la beauté tranquille d'un patrimoine intact, loin des circuits touristiques balisés.
La chapelle Notre-Dame-de-Lannelou adopte un plan rectangulaire simple, caractéristique des chapelles frairiennes bretonnes, résultant de la juxtaposition de deux corps de bâtiment d'époques distinctes. Le chœur oriental, plus étroit et au profil plus austère, conserverait des vestiges d'une construction romane antérieure, identifiables à la qualité de son appareil et à la modénature de certains éléments. La nef, plus large, fut édifiée dans la seconde moitié du XVe siècle dans le style gothique flamboyant qui triomphait alors en Bretagne. À l'extrémité orientale, un petit campanile coiffé d'un toit en bâtière — sobre clocheton de pierre — rythme la silhouette de l'édifice sans ostentation. L'ornementation extérieure atteint une qualité remarquable pour un édifice de cette échelle. Les deux portails — occidental et sud — présentent une composition identique : arc en plein cintre inscrit dans un arc brisé à plusieurs voussures décroissantes, encadré de pinacles et couronné d'une archivolte richement garnie de choux frisés, ce motif végétal aux feuilles bouclées emblématique du gothique breton. La fenêtre de la façade sud, en tiers-point à deux meneaux, éclaire sobrement l'intérieur tout en participant à l'équilibre décoratif de l'ensemble. L'intérieur révèle une charpente en bois d'une grande richesse plastique : les tirants horizontaux se terminent par des têtes sculptées aux expressions variées, tandis que les corbeaux qui les reçoivent sont ornés de masques humains — visages grimaçants, bouffons ou graves. Ce répertoire de têtes fantastiques, hérité de la tradition des bestiaires médiévaux, confère à l'espace intérieur une atmosphère à la fois solennelle et étrange. Les tympans des arcs brisés surmontant les autels conservent des restes de fresques polychromes, dont l'iconographie mariale et hagiographique, bien qu'aujourd'hui fragmentaire, témoigne d'un programme décoratif d'origine cohérent et ambitieux.
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