Nichée dans les terres du Centre-Bretagne, la chapelle Notre-Dame de Kerhir conjugue granit de 1596 et tour classique du XVIIIe siècle, avec ses sablières sculptées et sa flèche ajourée d'une élégance rare.
Au cœur de Plounévez-Quintin, bourgade tranquille des Côtes-d'Armor lovée entre landes et forêts de l'Argoat, la chapelle Notre-Dame de Kerhir se dresse comme un témoignage discret mais éloquent de la ferveur mariale qui marqua si profondément la Bretagne intérieure. Loin des grandes concentrations touristiques du littoral, ce sanctuaire en granit appareillé récompense le visiteur attentif d'une richesse architecturale inattendue, fruit d'une longue sédimentation de deux siècles de chantiers et de dévotion. Ce qui rend Kerhir singulier, c'est la façon dont deux époques architecturales cohabitent sans friction. La nef et les bras du transept, nés à la fin du XVIe siècle, respirent encore l'austérité robuste de la Renaissance bretonne, avec ses lignes sobres et ses granits taillés au fil du temps. Puis le XVIIIe siècle vient ajouter sa touche d'élégance baroque et classique : une tour imposante, une porte à fronton circulaire, une niche encadrée de pilastres — autant d'éléments qui témoignent d'un regain de vitalité paroissiale sous l'Ancien Régime. L'expérience de visite est celle d'une découverte intime. Contrairement aux édifices de grande renommée, Kerhir s'offre sans bruit de fond, dans un silence où l'on perçoit le murmure du vent sur les ardoises. L'intérieur conserve des sablières du XVIe siècle dont les sculptures populaires — entrelacs végétaux, figures grimaçantes ou saintes en majesté — racontent en bois les croyances et les rêves d'une communauté paysanne. La tour mérite une attention particulière : sa flèche ajourée s'élève au-dessus d'une terrasse à balustrade, alliance rare dans une chapelle rurale, donnant à l'ensemble une silhouette qui accroche l'œil depuis les chemins creux environnants. Pour le photographe, la lumière matinale rasante sur le granit gris-doré est une invitation à saisir des textures d'une rare densité. Pour le passionné d'histoire, chaque pierre est un fragment du XVIe ou du XVIIIe siècle à déchiffrer. Pour le simple promeneur, Kerhir est un havre de sérénité au cœur d'un bocage breton préservé.
La chapelle Notre-Dame de Kerhir adopte un plan en croix latine, forme relativement ambitieuse pour un édifice rural du Centre-Bretagne. La nef, les bras du transept et le chœur constituent le corps principal de l'édifice du XVIe siècle, entièrement réalisé en granit appareillé avec le soin propre aux ateliers bretons de la fin de la Renaissance. Le granit, extrait des massifs environnants, confère à l'ensemble une teinte gris-bleuté caractéristique des monuments des Côtes-d'Armor, qui vire à l'ocre doré sous la lumière rasante. L'élément intérieur le plus remarquable reste les sablières du XVIe siècle, ces pièces de bois sculptées qui courent en corniche sous la charpente. Selon la tradition des ateliers bretons contemporains, elles portent probablement des motifs d'entrelacs végétaux, de figures humaines ou animales et de scènes dévotionnelles, constituant un véritable bestiaire et un livre d'images taillés à la serpe par des artisans dont l'imagination débordait l'espace liturgique. La tour occidentale, édifiée en 1729, est l'élément le plus spectaculaire de l'extérieur. Construite en granit massif, elle se distingue par sa flèche ajourée surmontant une terrasse à balustrade — dispositif rare dans une chapelle de cette taille — et par sa porte d'entrée de style classique. Celle-ci se compose d'un fronton circulaire au-dessus duquel s'ouvre une niche encadrée de pilastres, avec un entablement à corniche courbe. La frise qui orne la porte d'entrée complète ce programme décoratif d'inspiration classique française, témoignant d'une culture architecturale sophistiquée adaptée aux ressources locales du granit breton.
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Plounévez-Quintin
Bretagne