Au cœur du Trégor breton, cette chapelle datée de 1668 conjugue gothique tardif et Renaissance autour d'une croix monumentale ornée d'un Christ et d'une Descente de Croix, posée sur un autel de pierre entouré d'un banc circulaire.
Nichée dans la campagne du Vieux-Marché, aux confins du Trégor costarmoricain, la chapelle et la croix de la Trinité forment un ensemble dévotionnel d'une cohérence rare, où l'architecture religieuse populaire bretonne dialogue avec les grands courants artistiques européens du XVIIe siècle. L'édifice, modeste en apparence, déploie une personnalité architecturale singulière, suspendue entre la grâce flamboyante du gothique finissant et la clarté ornementale de la Renaissance — une ambiguïté stylistique qui témoigne de la lenteur avec laquelle les modes artistiques pénétraient les campagnes armoricaines. Ce qui rend le site véritablement unique, c'est la composition liturgique formée par la chapelle et sa croix extérieure : un fût décoré de boutons surmonte un socle massif accueillant un autel en plein air, le tout cerné d'un banc de pierre courant sur trois côtés. Ce dispositif invitait les fidèles à se réunir autour du monument lors des pardons, ces processions de dévotion collective si caractéristiques de la Bretagne rurale. La croix, ornée d'un Christ d'un côté et d'une Descente de Croix de l'autre, concentrait en un seul objet la narration entière de la Passion. L'intérieur de la chapelle, à nef unique et chevet à pans coupés, conserve cette atmosphère de recueillement propre aux lieux de culte bretons de l'Ancien Régime : une lumière tamisée, des volumes resserrés, une sobriété qui invite à la contemplation. Les gâbles couronnant les pans coupés du chevet apportent une touche d'élégance inattendue, créant de petits pignons qui rompent la ligne de toiture et rappellent les chapiteaux gothiques des grandes cathédrales. Pour le visiteur, l'expérience se déroule à l'échelle humaine : pas de foule, pas de ticket d'entrée, seulement le murmure du vent dans les châtaigniers et la présence discrète mais puissante d'un patrimoine rural authentique. La croix monumentale constitue le point de fixation incontournable de la visite, à observer sous tous les angles pour apprécier la finesse de la sculpture sur pierre. Le cadre paysager du Trégor intérieur — bocage, chemins creux, clochers lointains — parachève l'enchantement.
La chapelle de la Trinité est un édifice rectangulaire à nef unique, sobre et trapue, dont la silhouette s'inscrit dans la tradition des chapelles rurales bretonnes du XVIIe siècle. Son chevet à pans coupés constitue la principale particularité architecturale : les pans obliques sont surmontés de gâbles — ces frontons triangulaires hérités du répertoire gothique — formant de petits pignons distincts qui confèrent à l'ensemble une élégance inattendue et brisent la monotonie d'une terminaison droite. L'inscription de la date 1668, gravée dans la pierre de l'édifice, ancre cette construction dans une période charnière où gothique tardif et Renaissance coexistaient encore dans les ateliers bretons. Les murs, vraisemblablement en granite local, présentent ce grain caractéristique de la pierre armoricaine, à la fois robuste et poreuse, exigeant un entretien régulier face à l'humidité du Trégor. La croix extérieure constitue l'élément sculptural majeur de l'ensemble. Son fût, décoré de boutons — motif ornemental en relief évoquant des fleurons stylisés — repose sur un socle massif que surmonte un crucifix à double face : le Christ en croix d'un côté, une Descente de Croix de l'autre, permettant une lecture narrative de la Passion selon l'angle d'approche du fidèle. Ce socle est lui-même posé sur un second socle, auquel est accolé un autel de pierre en plein air — dispositif rare et précieux qui témoigne de pratiques liturgiques aujourd'hui disparues. Le banc de pierre courant sur trois côtés du monument complète cette architecture dévotionnelle fonctionnelle, conçue pour accueillir et retenir les pèlerins lors des pardons.
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Le Vieux-Marché
Bretagne