Chapelle de l'ancien cimetière, dite chapelle de Seigne
Discrète sentinelle de pierre au cœur de Bléré, la chapelle de Seigne veille depuis le Moyen Âge sur l'ancien cimetière de la ville. Son architecture romane tardive en tuffeau tourangeau en fait un joyau méconnu du Val de Loire.
Histoire
Nichée à Bléré, bourgade tourangelle lovée sur les rives du Cher, la chapelle de Seigne est l'une de ces silhouettes discrètes que l'on devine à peine derrière les vieilles pierres et les arbres centenaires d'un cimetière désaffecté. Classée monument historique dès 1875 — une reconnaissance précoce qui témoigne de la valeur accordée à ce type d'édifice funéraire dès le XIXe siècle —, elle incarne l'âme religieuse et mémorielle d'une petite ville de la Touraine profonde. Ce qui rend la chapelle de Seigne réellement singulière, c'est son ancrage dans le paysage ordinaire de Bléré : il ne s'agit pas d'un édifice de prestige bâti à la gloire d'un seigneur ou d'un prélat, mais d'une chapelle de cimetière, c'est-à-dire d'un lieu dédié à la prière pour les défunts, à la liturgie funèbre et au recueillement quotidien des vivants. Ces chapelles constituaient autrefois le cœur spirituel des bourgs, et celle-ci, par sa persistance à travers les siècles, concentre en elle toute la mémoire collective de la communauté bléréenne. L'édifice est construit dans le beau tuffeau blanc de Touraine, cette pierre calcaire tendre aux reflets crème que l'on retrouve dans les grandes demeures de la Loire et qui confère à la région sa lumière si particulière. À l'intérieur, l'atmosphère est celle d'un espace de méditation hors du temps : voûtes basses, lumière tamisée par de petites baies, et un silence qui tranche avec l'agitation du bourg. La visite de la chapelle de Seigne s'inscrit idéalement dans un parcours du patrimoine bléréen, entre la collégiale Saint-Nicolas et les berges du Cher. Pour le photographe, la lumière de fin d'après-midi rasant les murs en tuffeau est un moment d'exception. Pour le passionné d'histoire religieuse et funéraire, c'est un document architectural de premier ordre sur la vie paroissiale médiévale en Touraine.
Architecture
La chapelle de Seigne relève de l'architecture religieuse rurale de Touraine, héritière des formes romanes tardives avec des inflexions gothiques qui caractérisent tant d'édifices du bassin de la Loire. L'édifice présente un plan simple à nef unique, terminée par un chevet plat ou légèrement arrondi selon l'usage local, une configuration typique des chapelles funéraires de taille modeste qui n'avaient pas vocation à accueillir de grandes assemblées. Les murs sont construits en tuffeau, la pierre calcaire blonde et tendre extraite des falaises et des carrières souterraines de la vallée du Cher et de ses affluents. Ce matériau, facile à tailler et abondant en Touraine, donne à la chapelle sa teinte chaude et lumineuse, caractéristique du paysage bâti de la région. La toiture est vraisemblablement couverte de tuiles plates ou d'ardoises, conformément aux usages de la Touraine méridionale où les influences Berry et Poitou se font sentir. Un petit clocher-mur ou un campanile de pierre signale la vocation religieuse de l'édifice sans ostentation excessive. À l'intérieur, l'espace est dominé par une voûte en berceau ou d'arêtes, sobre et efficace, qui concentre l'attention vers l'autel. Les baies étroites, à arc en plein cintre ou légèrement brisé, diffusent une lumière douce qui convient à la fonction contemplative du lieu. Des traces de décors peints sont probables sur les parois, comme c'est souvent le cas dans ce type d'édifice médiéval tourangeau, même si l'état de conservation de ces éventuels enduits reste inconnu.


