
Château de Challay ou Chalay, à Saint-Quentin-lès-Troo
Joyau Renaissance du Vendômois, le château de Challay déploie ses tours à pilastres superposés et son escalier rampe sur rampe, témoignage exceptionnel de la première Renaissance en val du Loir.

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Histoire
Niché dans le terroir verdoyant du Vendômois, aux abords de Montoire-sur-le-Loir, le château de Challay — parfois orthographié Chalay — est l'un de ces manoirs de caractère qui font la richesse discrète du val du Loir. Loin de l'ostentation des grands châteaux de la Loire, il incarne avec élégance la tradition du manoir seigneurial telle qu'elle s'épanouit dans cette région au tournant des XVIe et XIXe siècles, en conjuguant sobriété architecturale et raffinement sculpté. Ce qui rend Challay véritablement singulier, c'est la précision avec laquelle ses constructeurs ont assimilé les leçons de la première Renaissance italianisante tout en restant fidèles aux usages locaux. Les tours d'angle ornées de pilastres superposés — dorique, ionique, corinthien — témoignent d'une parfaite connaissance du vocabulaire antique, inhabituellement maîtrisée pour un manoir provincial de cette époque. Le pavillon d'escalier à rampes droites, innovation remarquable pour les années 1530-1540, place Challay à l'avant-garde de l'architecture vendômoise. L'expérience de visite réserve bien des surprises au visiteur attentif : les strates architecturales superposées — Renaissance, XVIIIe siècle classique, XIXe siècle pittoresque — s'assemblent avec une cohérence surprenante. On déambule d'une aile à l'autre en remontant le temps, depuis les salles intérieures réaménagées sous Louis XV jusqu'aux ajouts romantiques du Second Empire, chapelle et orangerie comprises. Le parc paysager constitue un écrin végétal propice à la contemplation. Le cadre renforce encore le charme du lieu : le pays du Loir, entre Vendôme et Trôo, offre ce mélange de douces collines calcaires, de vignes et de bords de rivière qui a inspiré tant de poètes, Ronsard en tête. Challay s'inscrit dans ce paysage avec la discrétion aristocratique d'un manoir qui n'a jamais cherché à impressionner, mais plutôt à durer.
Architecture
Le château de Challay déploie une architecture en trois temps parfaitement lisible depuis ses façades. Le corps principal, élevé entre 1535 et 1545, frappe par la qualité de ses tours d'angle décorées de pilastres superposés aux ordres antiques — formule directement inspirée des traités d'architecture diffusés depuis l'Italie. Ce motif, rare à cette échelle dans la production manoriale vendômoise, trahit la présence d'un maître d'œuvre rompu aux nouveautés italiennes, peut-être formé sur quelque grand chantier royal ligérien. L'escalier rampe sur rampe, logé dans un pavillon étroit et saillant, constitue la pièce maîtresse du dispositif : abandonnant la vis médiévale, il adopte la révolution spatiale de la rampe droite, offrant un espace de déambulation noble et lumineux. L'aile du Vieux Chalay, ajoutée au XVIIIe siècle, introduit un registre plus classique : façade ordonnancée, fenêtres à crossettes et encadrements sobres caractéristiques de l'architecture régionale de la période Louis XV. Les intérieurs de cette aile conservent leurs aménagements d'époque — boiseries peintes, cheminées à trumeaux — qui témoignent du goût raffiné de leurs commanditaires. Les interventions du XIXe siècle ont revêtu une partie du château d'un habillage pittoresque : façade plaquée sur l'aile ancienne, portail remanié, chapelle de style néo-médiéval et orangerie à grandes baies. Le parc paysager, agrémenté de plantations de charmes et de tilleuls, achève de composer un ensemble où la pierre calcaire locale, dorée par le temps, se fond harmonieusement dans le paysage végétal du Vendômois.


