Casino mauresque
Joyau disparu d'Arcachon, le Casino mauresque (1863) incarnait l'audace orientaliste du Second Empire. Ses minarets et arabesques sur la plage du Bassin en firent l'une des folies balnéaires les plus séduisantes de France.
Histoire
Au cœur de la station balnéaire d'Arcachon, le Casino mauresque fut pendant plus d'un siècle le symbole éclatant d'une époque où la villégiature rimait avec fantaisie architecturale et art de vivre. Inauguré en août 1863, ce bâtiment singulier s'imposait sur le front de mer comme une vision presque onirique, mêlant les codes orientalistes en vogue sous le Second Empire à la légèreté festive propre aux établissements de loisirs balnéaires. Ce qui rendait ce casino véritablement unique, c'était son registre mauresque assumé : arcs outrepassés, moucharabiehs ouvragés, coupoles et ornements géométriques évoquant les palais d'Andalousie ou les bains de l'Alhambra. Loin des casinos classiques aux façades austères, l'édifice d'Arcachon jouait la carte de l'exotisme avec une conviction rare, offrant aux estivants fortunés le sentiment de voyager sans quitter le Bassin. L'intérieur répondait à l'ambition de la façade : salles de jeux somptueuses, espaces de réception et de bal ornés de stucs et de décors polychromes, terrasses ouvertes sur l'Atlantique. La société élégante du Second Empire, puis de la Belle Époque, s'y retrouvait pour jouer, danser et parader, faisant du casino le véritable cœur mondain de la station. Aujourd'hui, le Casino mauresque n'existe plus : ravagé par un incendie en janvier 1977, il fut ensuite rasé par la municipalité et son emplacement transformé en simple pelouse. Il ne reste de lui que des photographies, des cartes postales anciennes et le souvenir tenace d'une architecture balnéaire d'exception, monument fantôme qui hante encore la mémoire collective d'Arcachon.
Architecture
Le Casino mauresque d'Arcachon s'inscrit pleinement dans le courant orientaliste qui traverse l'architecture de loisirs du Second Empire. Conçu par l'ingénieur Paul Régnault, l'édifice puisait son vocabulaire formel dans les palais hispano-mauresques d'Andalousie, et plus précisément dans l'héritage de l'Alhambra de Grenade, alors modèle absolu de l'architecture « mauresque » pour les architectes et ingénieurs français du XIXe siècle. Extérieurement, le bâtiment se distinguait par une composition rythmée d'arcs outrepassés et en fer à cheval, de colonnes fines aux chapiteaux ouvragés, de coupoles légères et de toitures en terrasse agrémentées de créneaux décoratifs. Les façades étaient animées par des jeux de moucharabiehs et de claustra géométriques filtrant la lumière, tandis que des frises d'ornements polychromes à motifs entrelacés couraient sur les corniches et encadrements de baies. L'ensemble évoquait davantage une fantaisie de parc que la rigueur d'un édifice de prestige, ce qui lui conférait un charme festif parfaitement adapté à sa vocation balnéaire. L'intérieur reproduisait cette atmosphère orientale avec des salles de hauteur généreuse, décorées de stucs aux motifs géométriques et floraux, de dallages colorés et de boiseries sculptées. Des terrasses couvertes permettaient aux visiteurs de profiter de la vue sur le Bassin d'Arcachon tout en se protégeant du soleil. Construit principalement en bois et en maçonnerie légère, matériaux courants dans l'architecture balnéaire de la région, le bâtiment possédait la légèreté formelle caractéristique des établissements de villégiature du Second Empire, ce qui explique en partie sa vulnérabilité face à l'incendie de 1977.


