Vestige aristocratique du XVIIe siècle en Bretagne, Cargouët intrigue par sa tour carrée coiffée d'un rare dôme et son histoire pluriséculaire portée par six familles nobles successives.
Perché dans le bocage briochin, aux confins de la commune de Meslin, le château de Cargouët est l'un de ces manoirs bretons discrets qui condensent en quelques pierres plusieurs siècles d'histoire seigneuriale. Jadis fief relevant de Lamballe, il formait un ensemble cohérent et imposant que les voyageurs du XIXe siècle pouvaient encore contempler dans son intégralité : logis principal, chapelle privée, colombier, communs, deux pavillons d'entrée encadrés de douves. Aujourd'hui, c'est un fragment de ce tableau que le visiteur découvre, mais un fragment d'une singularité architecturale remarquable. Ce qui distingue immédiatement Cargouët dans le paysage des châteaux bretons, c'est sa tour carrée couverte d'un dôme — solution architecturale relativement rare dans une région où dominent les toitures en pointe ou en bâtière. Cet élément confère à l'édifice une silhouette inattendue, presque méridionale, qui trahit l'ambition des bâtisseurs du Grand Siècle et leur désir d'afficher une modernité de bon ton sur leurs terres armoricaines. Le logis lui-même, élevé en deux campagnes distinctes au cours du XVIIe siècle, témoigne de l'évolution des goûts et des moyens de ses propriétaires successifs. La partie est, seule conservée, offre une lecture lisible de la sobre élégance du classicisme provincial breton : maçonnerie de granite, ordonnancement des ouvertures, volumétrie équilibrée. Bien qu'amputé de ses dépendances les plus pittoresques — la chapelle, le colombier et l'un des pavillons d'entrée ont disparu —, l'ensemble conservé retient pleinement l'attention. La visite, intimiste par nature, s'adresse autant aux amateurs de patrimoine médiéval et moderne qu'aux promeneurs curieux de l'histoire seigneuriale des Côtes-d'Armor. Le cadre bocager, typiquement centre-breton, enveloppe les ruines et les bâtiments subsistants d'une atmosphère de tranquille mélancolie qui n'est pas sans charme. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1992, Cargouët bénéficie d'une reconnaissance officielle qui garantit, espérons-le, la pérennité de ce qui reste de ce bel ensemble.
Le château de Cargouët appartient à la grande famille des manoirs et petits châteaux bretons du XVIIe siècle, caractérisés par une architecture sobre tirant parti du granite local, robuste et légèrement austère. Le logis, élevé en deux campagnes de construction distinctes au cours du Grand Siècle, révèle dans sa partie est conservée une composition équilibrée : élévation régulière, percements ordonnancés en travées, encadrements de baies soignés. La pierre de taille de granite gris confère à l'ensemble cette teinte argentée si caractéristique du patrimoine des Côtes-d'Armor. L'élément le plus remarquable de l'édifice est indéniablement la tour carrée couverte d'un dôme qui couronne la partie orientale du logis. Ce choix architectural, peu fréquent dans le répertoire breton qui privilégie habituellement les toitures coniques ou en pavillon pour ses tours, suggère une influence extérieure — peut-être parisienne ou ligérienne — et une volonté d'afficher un statut social et un goût architectural à la mode. Le dôme, probablement en ardoise d'Anjou ou en tuile selon les pratiques locales, constitue un signal fort dans le paysage bocager environnant. Du programme d'origine, qui comprenait logis, chapelle, colombier, deux pavillons d'entrée, communs et douves, il ne subsiste aujourd'hui que la partie est du logis avec sa tour à dôme. Les douves, même comblées, peuvent encore se lire dans la topographie du terrain, rappelant la dimension défensive et ostentatoire de l'ensemble primitif. Les pavillons d'entrée dont un subsiste témoignent de la recherche d'un dispositif d'accès solennel, typique des résidences nobiliaires de la seconde moitié du XVIIe siècle.
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