Joyau de la statuaire bretonne Renaissance, ce calvaire monumental de Mespaul déploie une iconographie quasi intacte, héritage précieux de l'âge d'or des enclos paroissiaux du Léon.
Dressé non loin de la chapelle Sainte-Catherine sur la commune de Mespaul, dans le nord du Finistère, ce calvaire monumental incarne à lui seul la ferveur sculpturale qui s'empara du Léon dans la seconde moitié du XVIe siècle. À une époque où les paroisses bretonnes rivalisaient de piété et d'ambition artistique, les imagiers locaux taillaient dans le kersanton et le granite des œuvres d'une expressivité saisissante, et celui de Mespaul n'échappe pas à cette émulation créatrice. Ce qui distingue véritablement ce calvaire, c'est l'intégrité remarquable de sa statuaire. Grâce à une restauration conduite en 1895 avec un souci rare de fidélité, la quasi-totalité des personnages sculptés a été restituée dans son état d'origine. On peut ainsi lire, de bas en haut, tout le récit de la Passion du Christ sans lacune, ce qui est loin d'être la règle pour des monuments de cet âge. Les spécialistes du patrimoine breton ont rapproché cette œuvre de celle du calvaire de Saint-Herbot, en Plonévez-du-Faou, décelant une parenté de style sans pour autant parler de copie. L'imagier de Mespaul semble en réalité avoir pleinement embrassé l'esthétique de la Renaissance, affirmant des volumes plus généreux, des drapés plus souples et une expressivité des visages plus individualisée que dans certaines productions contemporaines. La visite de ce monument offre une double expérience : spirituelle d'abord, en parcourant les scènes sculptées qui jalonnent la croix et son soubassement, esthétique ensuite, tant la qualité du travail de la pierre témoigne d'une maîtrise technique accomplie. Le cadre rural et préservé de Mespaul renforce ce sentiment d'authenticité, loin des foules qui se pressent devant les enclos de Guimiliau ou de Saint-Thégonnec. Pour l'amateur de patrimoine, Mespaul représente précisément le type de découverte que l'on chérit : un monument de haute valeur, inscrit aux Monuments Historiques depuis 1997, qui n'a pas encore livré tous ses secrets au grand public et que l'on peut contempler dans un silence recueilli, propice à mesurer la profondeur de l'art breton de la Renaissance.
Le calvaire de Mespaul appartient au type des calvaires monumentaux bretons, c'est-à-dire des ensembles sculptés composés d'une haute croix portant le Christ en croix, élevée sur un soubassement à plusieurs niveaux ornés de scènes en relief ou de personnages en ronde-bosse. La composition, réalisée très probablement en granite local — matériau dominant dans les réalisations léonaises — associe la robustesse du matériau à une taille d'une grande finesse pour les détails des visages et des draperies. La statuaire, restituée dans sa quasi-intégralité lors de la restauration de 1895, déploie les épisodes traditionnels de la Passion : la Cène, la trahison de Judas, le chemin de Croix, la Crucifixion entourée des deux larrons, la Descente de Croix et la Mise au tombeau, auxquelles s'ajoutent probablement des personnages de la Vierge, de saint Jean et de la Madeleine. L'ensemble constitue ainsi un véritable livre de pierre accessible à tous les fidèles, fidèle à la tradition didactique des monuments de dévotion populaire. Ce qui singularise stylistiquement ce calvaire, c'est l'affirmation de traits renaissants dans le traitement des personnages : proportions plus naturalistes, drapés animés d'un mouvement souple, physionomies individualisées qui s'éloignent de la frontalité médiévale. Ces caractéristiques permettent aux historiens de l'art de distinguer l'œuvre de Mespaul de productions plus archaïsantes et de la situer dans le courant le plus avancé de la sculpture bretonne de la fin du XVIe siècle.
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