Cabanes en pierre sèche n° 24 et 25, situées en vis-à-vis
Témoins discrets de la vie paysanne périgordine, ces deux cabanes en pierre sèche se font face dans les vignes de Badefols-sur-Dordogne, coiffées de leurs toits coniques en lauzes calcaires d'une rare élégance vernaculaire.
Histoire
Au cœur du Périgord, sur les coteaux ensoleillés dominant la Dordogne, deux modestes cabanes en pierre sèche se regardent depuis des siècles à travers un espace de quelques mètres. Inscrites aux Monuments Historiques en 1991, les cabanes n° 24 et 25 de Badefols-sur-Dordogne incarnent une forme d'architecture que l'on croyait anodine et qui révèle, à mesure qu'on l'observe, une maîtrise technique et un rapport au territoire d'une subtilité remarquable. Leurs silhouettes coniques, tout en lauzes calcaires soigneusement appareillées, s'inscrivent dans une longue tradition de constructions sans mortier propre au Périgord et au Quercy — le même savoir-faire que celui des bories provençales ou des capitelles languedociennes, mais avec l'accent du Sarladais. Ici, point de château ni de donjon : c'est l'architecture de l'humain à l'ouvrage, celle du vigneron, du métayer, de l'homme qui taille, tord, et s'abrite. La cabane n° 24, adossée à l'est contre un grand queyron — ces rochers calcaires typiques du Périgord —, s'ouvre sobrement par une porte au sud surmontée d'un linteau de pierre brute. Un anneau de pierre, discret mais éloquent, témoigne d'une époque où l'âne ou le mulet attendait sagement à l'entrée que la pluie cesse. La cabane n° 25, légèrement distincte, possède une cheminée dans sa partie est, signe que l'on y passait parfois plus qu'une simple heure : peut-être une journée entière de vendanges, à l'abri du vent, à partager un repas chaud entre vignerons. Visiter ces cabanes, c'est accepter de ralentir. Elles n'impressionnent pas par la hauteur ni par l'ornement, mais par l'économie de leurs moyens et la justesse de leur présence dans le paysage. Leur vis-à-vis crée une tension douce, presque un dialogue muet entre deux bâtisses sœurs. En automne, quand les vignes alentour roussissent et que la lumière dorée du Périgord effleure les lauzes, la scène possède une beauté que peu de monuments classés peuvent revendiquer.
Architecture
Les cabanes n° 24 et 25 sont construites sur plan circulaire, selon la technique de l'encorbellement en pierre sèche — c'est-à-dire sans mortier ni liant. Chaque assise de pierre calcaire déborde légèrement sur la précédente vers l'intérieur, réduisant progressivement le diamètre jusqu'à la clé de voûte, formant ainsi un toit conique d'une remarquable solidité structurelle. Ce procédé, hérité de traditions constructives antiques, démontre une connaissance intuitive des contraintes mécaniques propre aux bâtisseurs ruraux. Les murs et la toiture sont réalisés en lauzes calcaires, ces plaquettes de calcaire local extraites des affleurements rocheux du Périgord. La cabane n° 24, adossée à l'est à un queyron — grand rocher calcaire affleurant —, exploite astucieusement la roche naturelle comme appui structural, économisant ainsi des matériaux et renforçant la stabilité de l'ensemble. Sa seule ouverture, une porte percée au sud sous un linteau monolithique, est orientée pour bénéficier de la lumière et se protéger des vents dominants du nord. Un anneau de pierre, maçonné dans le mur à hauteur d'anneau d'attache, complète discrètement ce vocabulaire fonctionnel. La cabane n° 25 se distingue par la présence d'une cheminée ménagée dans sa partie est, une singularité technique dans une construction à plan circulaire sans mortier, qui témoigne d'un soin particulier apporté à son confort d'usage. Le sommet de son toit conique est couronné par une dalle de pierre plate posée en fermeture, solution élégante pour protéger l'orifice sommital des intempéries tout en permettant une légère ventilation. Ces deux cabanes constituent ensemble un exemple remarquablement bien conservé de l'architecture de pierre sèche périgordine.
Personnages liés
Carte
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