Château de Béthune
Ancienne forteresse médiévale métamorphosée en demeure Renaissance, le château de Béthune veille sur La Chapelle-d'Angillon depuis le XIe siècle. Son donjon carré de six étages et sa galerie à pilastres feuillagés racontent dix siècles d'histoire capétienne et huguenote.
Histoire
Au cœur du Berry, à La Chapelle-d'Angillon, le château de Béthune s'impose comme l'un des témoignages les plus saisissants de la longue sédimentation de l'histoire de France dans la pierre. Loin des restaurations abusives qui ont parfois lissé l'âme de nos châteaux, celui-ci porte à vif les cicatrices et les ornements de dix siècles de métamorphoses : du rude donjon normand aux légèretés sculptées de la galerie Renaissance, chaque aile dialogue avec une époque révolue. Ce qui rend ce monument véritablement unique, c'est la lisibilité de son évolution architecturale. Le donjon carré de six étages, massif et austère, dressé dès la seconde moitié du XIe siècle, contraste avec la grâce des piliers de la galerie ouest, dont les fûts se parent de feuillages en bas-relief et les chapiteaux de rinceaux délicats, héritage de la première Renaissance française. Entre les deux, l'aile est reconstituée au XVIe siècle et la chapelle aux plafonds chiffrés de Marie d'Albret composent un ensemble d'une densité historique rare. La visite se parcourt comme un roman de pierre : on entre par l'ouvrage de défense édifié vers 1470, on longe l'aile nord avec ses tours à archères, on lève les yeux vers le donjon qui domine le site de toute sa hauteur imposante, et l'on s'attarde dans la chapelle où subsistent les monogrammes peints de Marie d'Albret. La terrasse aménagée par le grand Sully au début du XVIIe siècle offre, elle, un point de vue souverain sur le paysage berrichon. Le cadre environnant participe pleinement à l'enchantement : La Chapelle-d'Angillon, bourg tranquille du Cher, déroule autour du château ses ruelles et son église dans une campagne douce que Alain-Fournier, enfant de la région, a magnifiée dans Le Grand Meaulnes. Visiter le château de Béthune, c'est aussi entrer dans la géographie intime de l'un des plus beaux romans français du XXe siècle.
Architecture
Le château de Béthune se présente comme une ancienne forteresse dont le plan général, ramené à trois ailes depuis la démolition des bâtiments sud, dessine un trapèze dont chaque angle était originellement couronné d'une tour. Le donjon médiéval occupe l'angle sud-est : tour carrée de six étages, il constitue la partie la plus ancienne de l'ensemble et s'impose par son volume puissant hérité des techniques castrales de la seconde moitié du XIe siècle. Une tourelle d'escalier polygonale, vraisemblablement ajoutée à la fin du XVe siècle, vient desservir ce donjon, ajoutant à son austérité féodale une note plus gracieuse. L'aile nord, percée de sa poterne, aligne deux tours flanquantes dotées d'archères, rappelant les exigences défensives des périodes de conflit. Le corps de logis principal, situé à l'est, fut entièrement rebâti à la Renaissance et présente les caractéristiques de cette époque : élévations plus régulières, percements rythmés et soin apporté à l'ordonnance des façades. La chapelle, dont le plafond porte les chiffres sculptés ou peints de Marie d'Albret, illustre la qualité de l'exécution décorative de la fin du XVe siècle. Le témoignage le plus précieux de l'apport Renaissance demeure le fragment de galerie ouest : deux arcs en plein cintre soutenus par trois piliers dont les fûts sont ornés de feuillages sculptés en bas-relief, tandis que les chapiteaux déploient des rinceaux végétaux d'une finesse remarquable. Ces éléments, qui évoquent les loges des châteaux de la Loire, constituent un jalon important dans la diffusion du style Renaissance en Berry, et leur état de conservation partiel n'en rend que plus précieux chaque détail subsistant.


