Château de Beauvais
Vigile de pierre du Périgord Vert, le château de Beauvais dresse ses deux tours rondes à mâchicoulis sur les collines de Lussas-et-Nontronneau — un repaire noble Renaissance d'une rare intégrité, habité depuis le XVe siècle.
Histoire
Niché dans les plis verdoyants du Périgord Vert, aux confins de la Dordogne et de la Charente, le château de Beauvais se révèle à qui sait emprunter les chemins creux de Lussas-et-Nontronneau. Loin de la célébrité tapageuse de certains châteaux périgourdins, il cultive une discrétion qui n'a d'égale que sa cohérence architecturale : ici, la Renaissance française s'est déposée avec élégance sur un substrat médiéval sans jamais l'effacer. Ce qui rend Beauvais véritablement singulier, c'est la coexistence harmonieuse de deux temporalités architecturales. Les deux tours rondes, flanquant le corps de logis principal, conservent intactes leurs chemins de ronde sur corbeaux et leurs fentes de tir sous la toiture — vestiges d'une conception encore défensive — tandis que les lucarnes à frontons sculptés et l'escalier en fer à cheval de l'entrée proclament l'influence de la Renaissance triomphante. Ce dialogue entre le château fort et la maison noble élégante est l'essence même de l'architecture du XVIe siècle en Périgord. La cour intérieure réserve plusieurs surprises. Le visiteur attentif remarquera l'ancien puits devant la façade nord, coiffé de sa toiture en dalles de pierre, miroir fidèle des usages domestiques d'une seigneurie rurale prospère. Au sud, le pigeonnier — ce marqueur social incontestable du privilège nobiliaire sous l'Ancien Régime — témoigne du statut de ses anciens maîtres dans la hiérarchie campagnarde du Nontronnais. L'intérieur, remanié au fil des siècles, a conservé dans ses sous-sols l'empreinte la plus authentique du château originel : l'ancienne cuisine, avec ses volumes voûtés et sa logique fonctionnelle médiévale, est un voyage dans le quotidien seigneurial du bas Moyen Âge. Pour le visiteur passionné d'architecture domestique, ce sous-sol vaut à lui seul le déplacement. Le cadre naturel achève de conférer à Beauvais son caractère. Le Périgord Vert, pays de prairies humides, de forêts de chênes et de bocages, enveloppe le château d'une douceur campagnarde que les grandes forteresses du sud Dordogne n'ont jamais connue. Ici, on ne contemple pas un château depuis les remparts d'une bastide : on le découvre, presque par hasard, comme une confidence de l'histoire.
Architecture
Le château de Beauvais présente un plan caractéristique de l'architecture seigneuriale périgourdine de la Renaissance tardive : un corps de logis barlong — c'est-à-dire sensiblement plus long que large — encadré à ses angles sud-est et sud-ouest par deux tours rondes de forte section. Cette disposition bipolaire assure à la façade principale une silhouette équilibrée, à mi-chemin entre la robustesse du château fort et l'élégance de la maison de plaisance. Les tours constituent l'élément le plus spectaculaire de l'édifice. Elles ont conservé intacts leurs chemins de ronde sur corbeaux de pierre, surmontés de toitures en pavillon, et percés en leur base de petits trous de tir — ces archères réduites rappellent que la fonction défensive, même symbolique, était encore revendiquée par les constructeurs du XVIe siècle. Cette conservation exceptionnelle du dispositif de couronnement médiéval en fait un exemple rare dans la région. La façade nord s'anime du vieux puits à toiture de dalles, élément fonctionnel devenu pittoresque, tandis que la façade principale est percée d'une porte d'entrée ouvrant sur un escalier en fer à cheval — composition monumentale qui constituait, à la Renaissance, le signal le plus éloquent du rang de son propriétaire. Les lucarnes du toit, à frontons classiques, complètent ce vocabulaire décoratif raffiné. À l'intérieur, si les distributions primitives ont été profondément remaniées, les sous-sols conservent les voûtes et l'organisation de l'ancienne cuisine seigneuriale, témoignage irremplaçable de la vie domestique castrale. Les matériaux employés sont ceux du Périgord Vert : la pierre calcaire locale, aux teintes chaudes oscillant entre le beige et l'ocre, donne à l'ensemble sa tonalité chaleureuse caractéristique.


