Gardienne immémoriale du goulet de Brest, la batterie de Cornouaille déploie ses 250 mètres de parapet curviligne sur la falaise de Roscanvel — chef-d'œuvre méconnu des ingénieurs de l'ère vaubanienne.
Au bout de la presqu'île de Crozon, là où la rade de Brest s'étrangle en un goulet battu par des courants impétueux, la batterie de Cornouaille s'arc-boute contre la falaise comme un bouclier de pierre tendu vers la mer. Ouvrage militaire d'une cohérence architecturale rare, elle offre au visiteur l'une des perspectives les plus saisissantes qui soit sur l'entrée du premier port militaire de France, avec en toile de fond la rade scintillante et, par temps clair, les côtes du Léon qui lui répondent au nord. Ce qui rend cet ouvrage véritablement unique, c'est la lecture presque intacte de trois siècles d'ingénierie militaire superposés sur un même site. La plate-forme du XVIIe siècle, l'adaptation en batterie-barbette du Second Empire et la batterie de rupture sous roc percée dans la falaise en 1888 constituent un véritable catalogue vivant de l'évolution de l'art de la fortification côtière, depuis les grands canons lisses de Louis XIV jusqu'aux pièces rayées de la Belle Époque. La visite s'apparente à une plongée dans les coulisses de la puissance navale française. On longe l'escarpe maçonnée qui émerge du roc, on devine la logique impitoyable des angles de tir croisés avec la batterie du Léon, en face, et l'on prend soudain conscience que chaque navire entrant dans la rade a, pendant deux siècles, navigué sous la menace directe de ces bouches à feu. La tour-réduit de 1813, juchée sur la hauteur, ajoute une dimension quasi romantique à l'ensemble. Le cadre naturel amplifie l'impression : la presqu'île de Crozon, classée dans le parc naturel régional d'Armorique, enveloppe le site de landes rases et de falaises déchiquetées. La lumière bretonne, changeante et tranchante, fait alterner les gris ardoise et les dorés de la pierre. Photographes et passionnés d'histoire militaire y trouveront une matière inépuisable, tandis que les familles apprécieront la promenade littorale qui s'y rattache naturellement.
La batterie de Cornouaille est un ouvrage curviligne d'environ 250 mètres de développement, épousant la courbure naturelle de la falaise de Roscanvel. Sa conception repose sur un principe simple et efficace : une vaste plate-forme de tir, adossée à la falaise, est soutenue côté mer par une escarpe maçonnée qui prend directement appui sur le roc. Aux deux extrémités, de courts flancs perpendiculaires ferment l'ouvrage et lui confèrent une silhouette en arc légèrement tendu. Ce plan, caractéristique de l'ingénierie côtière de l'ère vaubanienne, maximise le nombre de pièces d'artillerie pouvant battre le chenal tout en réduisant la surface exposée aux tirs adverses. Les transformations successives du XIXe siècle sont lisibles dans la morphologie même de l'édifice. L'aménagement en batterie-barbette, réalisé entre 1840 et 1870, a abaissé et redessiné les parapets pour accueillir des affûts pivotants à grande élévation. La batterie de rupture creusée en 1888 constitue quant à elle un ouvrage semi-souterrain taillé dans la masse rocheuse de la falaise, dont les casemates voûtées en berceau permettaient de loger des pièces de gros calibre à l'abri des tirs plongeants. La tour-réduit de 1813, bâtisse à deux niveaux de facture sobre et fonctionnelle, domine l'ensemble depuis la crête de la falaise et rappelle les constructions napoléoniennes de surveillance côtière que l'on retrouve sur tout le littoral breton.
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