Bastide de Romégas, à Puyricard
Nichée dans la garrigue provençale de Puyricard, cette élégante bastide du XVIIIe siècle fut le refuge de l'historien François Mignet, dont la bibliothèque sommeille encore entre ses murs.
Histoire
À quelques kilomètres au nord d'Aix-en-Provence, dans le paisible hameau de Puyricard, la bastide de Romégas incarne à la perfection l'art de vivre provençal de la grande bourgeoisie aixoise du XVIIIe siècle. Loin des fastes ostentatoires, elle cultive une élégance discrète et mesurée, propre à ces demeures de campagne qui servaient autant de retraites estivales que de signes tangibles de réussite sociale. Ce qui distingue Romégas de tant d'autres bastides de la région, c'est la permanence de son âme intellectuelle. Les rayonnages de l'ancienne bibliothèque de François Mignet — illustre historien de la Révolution française — demeurent en partie garnis de leurs volumes, créant une atmosphère unique où l'histoire du lieu se mêle à l'Histoire avec un grand H. Déambuler dans ces espaces, c'est frôler le souvenir d'un homme qui contribua à forger la mémoire républicaine de la France. Le domaine séduit également par son dialogue harmonieux avec le paysage. Le parc, typiquement provençal, déploie ses allées ombragées, ses essences méditerranéennes et sa lumière dorée caractéristique du pays d'Aix. Un cadran solaire daté de 1825, toujours visible sur la façade, rythme silencieusement les heures comme il le fit du vivant de Mignet. La bastide s'adresse aux amateurs de patrimoine authentique, aux passionnés d'histoire littéraire et politique, mais aussi à tous ceux qui cherchent, le temps d'une promenade, à saisir l'essence de la Provence aristocratique et éclairée des Lumières. Elle rappelle que le pays d'Aix ne fut pas seulement la terre de Cézanne, mais aussi le creuset d'une pensée politique et historique d'envergure nationale.
Architecture
La bastide de Romégas s'inscrit dans la tradition des grandes demeures rurales provençales du XVIIIe siècle, caractérisées par un plan rectangulaire compact, une façade ordonnancée et une élévation sobre qui tranche avec les exubérances baroques contemporaines du reste de l'Europe. Le bâtiment principal présente vraisemblablement une façade enduite à la chaux ou en pierre de taille locale, rythmée par des ouvertures régulières à linteaux moulurés, conformément aux canons du classicisme méridional. La toiture à faible pente, couverte de tuiles canal rougeâtres caractéristiques de la région, couronne l'ensemble d'un génois à plusieurs rangs, ce débord de toiture si typique de l'architecture provençale. L'intérieur distribue les espaces selon un schéma classique : un vestibule central desservant les pièces de réception au rez-de-chaussée, les appartements privés à l'étage. La bibliothèque, dont certains volumes anciens sont encore présents, constitue l'élément le plus précieux de l'intérieur, témoignant du goût éclairé de François Mignet. Le cadran solaire de 1825, visible sur la façade ou dans le jardin, représente un ornement caractéristique de ces demeures bourgeoises qui alliaient utilité et élégance décorative. Le domaine comprend également des dépendances agricoles et un parc paysager méditerranéen typique, planté de pins parasols, de cyprès et d'oliviers, organisé autour d'allées en terre battue. L'ensemble forme un tableau cohérent, représentatif du génie du lieu propre au pays d'Aix, où architecture et paysage s'interpénètrent dans une harmonie qui doit autant à la nature qu'à la main de l'homme.


