
Ancienne tuilerie du Vieux-Bourg
Dernier four à tuiles debout sur la levée de la Loire, avec sa rare cheminée pyramidale à cinq ressauts, ce vestige de l'industrie tuilière loirétaine raconte deux siècles d'artisanat de la terre cuite.

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Histoire
Au cœur de Saint-Pryvé-Saint-Mesmin, commune lovée contre la Loire au sud-ouest d'Orléans, l'ancienne tuilerie du Vieux-Bourg se dresse comme le témoin solitaire d'une activité industrielle qui fit jadis la prospérité de tout un territoire. Son four, couronné d'une cheminée pyramidale à cinq ressauts rentrants successifs, constitue une pièce architecturale rare dans le paysage du Val de Loire, région pourtant riche en patrimoine exceptionnel. Ce qui distingue ce monument de tant d'autres vestiges industriels, c'est précisément sa singularité : là où des dizaines de tuileries ont disparu sans laisser de trace, celle du Vieux-Bourg a survécu, portant dans sa maçonnerie lézardée la mémoire d'une filière artisanale fondée sur la richesse argileuse des berges ligériennes. Le four seul résiste encore, mais il suffit à restituer l'échelle et la logique d'un site de production qui animait jadis tout le pourtour de la levée. La visite offre une expérience intimiste et un peu hors du temps. L'édifice, sobrement restauré par la Ville en 2012, s'apprécie dans sa juste patine industrielle, sans reconstitution artificielle. Le visiteur peut laisser vagabonder son imagination : les sept halles de séchage aujourd'hui disparues, le va-et-vient des ouvriers malaxant l'argile, la chaleur ronflante du four en activité, les tuiles empilées en attente d'expédition vers les chantiers orléanais. Le cadre environnant ajoute une dimension supplémentaire à la visite. Situé en contrebas de la levée de la Loire, le four s'inscrit dans ce paysage fluvial et bocager classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO, où la lumière changeante de la vallée joue sur les briques et les terres cuites. Une halte idéale lors d'un circuit patrimonial reliant Orléans à ses communes riveraines.
Architecture
Le four de la tuilerie du Vieux-Bourg est un exemple caractéristique des fours à tuiles de type « à feu périodique » ou « à feu continu » développés au XIXe siècle dans le sillage de l'industrialisation des métiers de la terre cuite. Sa structure en briques — matériau produit sur place, logique économique oblige — forme un volume trapu et massif, percé d'ouvertures calculées pour gérer les flux d'air et de chaleur nécessaires à la cuisson. L'élément le plus distinctif et le plus précieux du monument est sans conteste sa cheminée pyramidale à cinq ressauts rentrants successifs. Cette forme particulière, qui rappelle une ziggurat miniature, est rare dans le patrimoine industriel français. Chaque ressaut — retrait horizontal de la maçonnerie — permettait de réduire progressivement la section de la cheminée tout en assurant une stabilité mécanique optimale et un tirage régulier. Cette solution technique, à la fois fonctionnelle et esthétiquement remarquable, distingue ce four de ses homologues dotés de cheminées cylindriques plus banales. L'ensemble du bâti est réalisé en briques de terre cuite locale, dont la chaude teinte ocre-rouge dialogue avec le paysage ligérien environnant. La restauration de 2012, conduite avec soin, a permis de consolider les maçonneries fissurées sans effacer les traces du temps, préservant ainsi la lisibilité historique du monument. L'ancien atelier de préparation de l'argile, dont les vestiges jouxtaient le four, témoignait d'une organisation spatiale rationnelle typique des sites de production artisanale de cette époque.


